avril 22, 2008...12:38

Pourquoi Tom Cruise (5)

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C’est comme l’infini, c’est toujours la même chose

Nice cock, NO BRA, mange ta pizza, stay hungry for chaos. L’avenir ? Qu’est-ce que ça peut foutre ? Les mots ? T’en fais ce que tu veux. C’est écrit, ça commence. Take care and clic to buy. Godes sur adameteve, sex shop en ligne, anal et vaginal. Jouir ? Toute désignation est métaphorique. Jouir plus ? C’est mieux. Ce jour-là, vêtu d’un sweat-shirt noir à capuche, d’un boxer Dim, je compte les signes du récit. Pourquoi Tom Cruise réduit à la seule instance du chiffrage, le christ mort couché sur son linceul. Ambiance ? Sun O))) sur le iPod. Drone metal, krach boursier. Humeur ? Pressé. Rien ne t’a préparé à ce que tu vas lire ici, proclame l’éditeur d’Andrew Morton en couverture de la bio non autorisée de Tom Cruise. Météo ? Pluie soudaine. Demain, nouveau tatoo. Hier, couru avec le coach. Coups de pieds dans un pao, séries d’abdos. J’ai vu la psy, dîné à l’Avenue, envoyé des textos. En rentrant : passé une heure devant la glace à me coiffer, dix secondes pour l’écrire. Dayton a vidé son chargeur sur Norris, je crachais du sang, j’ai bouffé du stilnox. Le lendemain ? J’écoute des vidéos pornos. Traquer le mot juste ? La liste est longue et belle, les questions insistantes, je me propulse hors du lit. Deux secondes hypermodernes plus tard j’avale trois cents milligrammes de poudre d’huile de poisson riche en oméga 3, dix milligrammes de vitamine E, je voudrais avant tout célébrer cette époque. Oh non, pas de célébration ! Quoi alors, du cul ? Je fais durcir ma queue. Quel espoir d’être sauvé, si ta main ne refait pas ce qu’elle a fait ? Bimbos sur MTV, je regarde autour de moi : murs blancs, portes-fenêtres ouvrant sur le balcon, ciel gris. L’appartement est au dernier étage d’un immeuble haussmannien, sonnerie de la porte d’entrée, prestation de ménage. Je m’habille, je descends boire un café. Street-art, junk-food, fashion, sneakers, lego, vietnamese-food, japan culture. Plaie du Christ au côté, infligée par la lance, peinte par Philippe de Champaigne en 1654. Autrement dit : fait constaté d’atteinte volontaire à l’intégrité physique, on en parle juste après la pub : le meilleur prix, la différence, appel gratuit, Kelly est à Berlin. Talons aiguilles sur le plancher d’un loft situé à proximité de Gendarmenmarkt, Blackberry sur l’oreille. Description de l’espace ? Ooh. Aah. Ooh. Aah. Sous sa jupe, une culotte noire Sonia Rykiel, je reprends un café. Dehors, un type fait rebondir un ballon. Gel fixation extrême, believe in basketball, ce que je vois disparaît. La suite ? Je remonte chez moi, je me pisse dans la gueule. Tu veux une jolie phrase ? Nous parlions, et dans notre désir nous avons à peine effleuré la sagesse d’un battement de cœur. La source ? Saint Augustin. A plat ventre sur le toit d’une tour d’un centre d’entrainement du RAID à Versailles, le lieutenant S. avait un œil rivé au viseur de la lunette télescopique d’un fusil de précision PGM Hecate II. Dayton donnait des coups de pied dans le visage de Norris, le concessionnaire Ducati de Beverly Hills offrait à Tom Cruise une Desmosedici RR (72 500 dollars), la collection de Chloë Sevigny pour Opening Ceremony était présentée chez Colette. Blazers structurés, cardigans dos-nus, bombers, petites robes grunges et florales, lunettes de soleil Cat-Eye produites par Linda Farrow. Toutes les séries, tous les hôtels : Bristol, Plaza, Premium, Urban, Skipper, Waldorf, Byblos, Vincci. Gardes du corps au regard sombre, attachés de presse qui courent dans tous les sens, le joueur devra passer successivement les sept jours d’une semaine infernale. Si vous étiez medium, que prédiriez-vous pour l’avenir ? demande Jordan Crandall à Andy Warhol pour Splash, en 1986. Que le monde est rond. Josh Beechn était photographié par Hedi Slimane pour Vogue, Kelly soutenait Barak Obama, le candidat noir à l’élection présidentielle américaine. Dans les meetings, invitation à croire : BELIEVE ! Messianisme de masse, le sénateur démocrate en rédempteur des blancs. Quelques jours plus tôt, nous étions à Roissy. Tu es belle, tu es riche, je trouve ça fabuleux d’avoir un tel effet sur le monde, lui avais-je dit. Prends soin de toi, avait-elle murmuré. C’était comme dans un livre. Les jeunes bourgeois politisés des centres villes buvaient des Mojitos dans des bars non fumeurs, Michaïl Gorbatchev (soixante-seize ans) était photographié à l’arrière d’une Rolls Royce par Annie Leibovitz pour Louis Vuitton. Légende : « Mur de Berlin. De retour d’une conférence ». Vous voulez des cafés, demande une assistante ? J’ai refermé le magazine. Une alarme de bagnole s’est déclenchée. J’étais à poil, j’avais les pieds dans une paire de brodequins en veau, je faisais le tour de l’appart. Des tirs de roquettes visaient la zone verte à Bagdad, les flics quadrillaient Paris, des drones survolaient la banlieue, je me suis planté devant un miroir. Mèches de cheveux dans les yeux, barbe de trois jours, je vais sortir. Katie était en route pour l’aéroport McCarran, Las Vegas. Jet pour Paris, facteur vitesse, cent mille dollars aller-retour. Dans un appartement de la rive gauche, sur le plateau d’une production Marc Dorcel, un étalon aux muscles hypertrophiés, avec une bite énorme, assis sur une serviette de bain Polo Ralph Lauren bleue et jaune, lisait Hernani en attendant la prochaine scène. Point à la ligne ? Tu rêves ! Je prends une douche (dix minutes), Dayton arrache la langue de Norris (vingt secondes), ta mère se gode (une demi-heure), Kelly m’appelle (là je ne compte pas, mais c’est toujours assez rapide). Ce qu’on se dit ? Portrait de l’homme en écrivain, me fais pas rire, tu rentres quand, « puis elle alla s’occuper d’un autre client ». Guillemets à la française pour souligner l’emprunt. Je sors dîner, je mange des huîtres place des Ternes, je reprends un taxi, je m’arrête au Hustler. Des filles s’enroulent sur des barres de métal, des mecs font du business, je bois des doubles bourbon et j’envoie des textos. Je rentre à l’aube. À mon réveil, j’avale une combinaison médicamenteuse faite de paracétamol, antiémétiques (dompéridone), ranitidine, antispasmodique, vitamine C. Je checke mes mails. Dehors il pleut. Et pendant que Dayton décapite Norris avec un couteau de chasse Craig Camerer modèle Riverfront Bowie à 850 dollars, Anonymous lance sa guerre virtuelle contre l’église de scientologie. Au jour J, à l’heure H, des centaines d’ordinateurs envoient une énorme quantité de données vers le site cible. Le serveur ne tient pas la charge, la bande passante est saturée, ça s’appelle un déni de service distribué (Distributed Denial of Service), ça ne fait pas rire Tom Cruise. Dans le jet qui vole vers Paris, Katie Holmes mange des carottes vapeur et du brocoli cru. Assise sur un banc du sauna de l’hôtel Steigenberger, Kelly ferme les yeux, ouvre les jambes. En face d’elle, un homme passionné par sa fente. Un couple de russes échange des propos à voix basse, une femme de très grande taille, la peau luisante, les fesses déformées par la cellulite (lipodystrophie gynoïde cloisonnée par des fibres conjonctives peu extensibles, perpendiculaires au derme), verse une solution d’eau et d’eucalyptus sur les pierres chaudes. Pendant ce temps, à Paris, dans les sous-sols du ministère de l’intérieur, une équipe de spécialistes met au point les procédures de mise en œuvre d’un dispositif de contre-guérilla basé sur les techniques préconisées par le chef d’escadron Talarico, et validé par l’Élysée. On aborde les questions de traitement de l’information, de coordination entre services, Katie s’est assoupie. À ses pieds, un Pink Vanity Case Marc Jacobs contenant analgésiques, somnifères et compléments alimentaires – blister de trente comprimés ventre plat, flacon de 500 ml de boisson drainage, quinze cubes transit, des vitamines, oméga 3 et 6, antioxydants, probiotiques, minéraux, ce qu’il faut absorber, je déjeune avec Victoire. Lecture du Monde en l’attendant. Un milicien recharge sa kalachnikov à Bassora (photo Essam-Al-Sudani/AFP), la question du boycott des JO de Beiijing fait l’objet de nombreux commentaires, Victoire m’embrasse. Elle pose ses deux portables sur la table, se sert un verre d’eau, me dit qu’elle est d’une humeur exécrable. Le monde entier ? Félix, Jeff, Douglas, Thomas, Élisabeth, Catherine. S’abîmer dans le vide ? Sodomie, sexe au lit, sperme, éjaculation, enculé, transsexuel, sucer, travesti, click here to subscribe. Dans une seconde, prose emprunte de fraîcheur, récit prompteur, la voix de Victoire : tu as des nouvelles de Kelly ? Le resto est blindé. Bœuf en tartare, viande hachée au couteau. En juillet 2010 j’aurai écrit quatre cent mille signes. Le cœur de l’homme, la bouche avide, haine crue, deux cafés, l’addition, l’agenda, hiérarchie. La première chose que fait Robinson Crusoé en débarquant sur l’île c’est de bâtir un fortin, de le protéger par une palissade double, arrête faut que j’aille pisser. À son arrivée à Paris, Madame Cruise, qui voyage sans sa fille, monte à l’arrière d’une limousine (Black Benz). Convoi de trois véhicules, direction l’hôtel Ritz, place Vendôme. Le lendemain, promenade rue de Seine. Gardes du corps, photographes. Elle porte un pantalon de flanelle grise, un chemisier blanc, un trench noir, une paire de lunettes noires. On la voit chez Robert Vallois, à la galerie Les Yeux Fertiles et chez Agnès Dutko. Elle signe des autographes, regarde fréquemment son téléphone portable, remonte dans la voiture. On la perd. On la retrouve avenue Montaigne, témoignages fascinants, ce que tu prends pour vrai : il est midi, c’est le printemps, l’avion de ligne qui s’écrase sur Saint-Pierre de Rome détruit la Basilique, let’s burn this place, Benoît XVI est blessé, my God will kill your God, c’est le moment de désigner un coupable. À Bassora, des enfants jouent autour d’un véhicule de l’armée irakienne détruit lors des combats (photo Essam-Al-Sudani/AP). Si peu sexuel, dit Matthew ! J’ai envie de toi, écrit Kelly. Tu te sens menacé, demande Philippe ? Visage taillé à la serpe, regard de tueur, cheveux de jais. Je suis chez lui à Montreuil, on boit de la vodka, musique à fond, deux héros, laisse parler. À Londres, le président de la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) arrive devant une maison de briques rouges, ouvre une grille, descend un petit escalier. F1 boss visits a sex dungeon, titre le tabloïd anglais News of the world. Undress ! ordonne une maitresse, you are going to be punished. « Orgie sadomaso », tenues de gardiens de camps nazis, ensembles rayés de prisonniers, nombre de coups de fouets comptés en langue allemande. La fête continue ? Un voyage surprenant, il est fréquent que la situation vire au cauchemar. Qu’aimeriez-vous faire que vous n’avez jamais fait ? Oh, aller dans l’espace. Quelle est votre ambition dans la vie ? Devenir un autre. Quelles paroles ultimes aimeriez-vous prononcer au jour de votre mort ? Merci. En rentrant, je me suis arrêté chez Victoire. Appartement à République, grandes baies vitrées, vêtements sur des portants. J’étais assis sur une chaise Bilbao de Qasar Khanh, je feuilletais Numéro, elle me regarde en fumant. Philippe se fait un rail, sort de chez lui, monte dans sa BMW. À la question « considérez-vous le scientologue Tom Cruise comme dangereux ? », quarante-sept pour cent des Allemands consultés par l’institut de sondage TNS Enmid, pour le compte du journal Bild am Sonntag, répondent oui. Victoire portait une robe T House of Holland à 315 euros, une paire de Converse (PRODUCT) RED couvertes de pansements assemblés au laser à 195 euros. Faut que j’arrête de fumer, dit-elle en écrasant sa cigarette. Cette nuit-là, une cellule du ministère de l’intérieur coordonne un exercice pour l’application des mesures dites Talarico : les relais utilisés pour les téléphones portables sont coupés, les communications VHF brouillées. Les forces de l’ordre — équipées de moyens de vision nocturne, de caméras thermiques, de GPS et de systèmes cartographiques pour repérer les personnes situées sur les points hauts, les groupes rebelles mobiles — sont déployées sur zone, des tireurs d’élite prennent place sur les toits des immeubles. Les journalistes — en l’occurrence des flics des RG — sont regroupés à proximité du PC opérationnel, des drones munis de caméras infrarouges survolent le périmètre, Victoire se mouche. Tu veux manger quelque chose, me demande-t-elle ? Ta chatte. Lit de mâche, grosses câpres, pas d’oignons s’il te plaît, je décide de dormir à l’hôtel. À bord d’un biréacteur Global 5 000 doté d’une connectivité Internet haut débit, Katie Holmes checke ses mails. Le jet se pose à Vegas, l’actrice s’engouffre dans une limousine, appelle Tom Cruise. Enrico Taubert, dit Enzo, leur chauffeur sur le tournage de Valkyrie en 2007, vient d’être retrouvé mort à son domicile Berlinois, je monte dans un taxi, j’appelle Kelly. Ça va ? Oui. Au même moment, des milliers d’internautes regardent une vidéo dans laquelle Tom déclare : « Être un scientologue c’est pouvoir regarder quelqu’un, et savoir immédiatement qu’on peut l’aider. » Il est assis, filmé de trois-quarts face. Pendant toute la durée de l’enregistrement (10 minutes), on entend la musique de Mission impossible. Des flashs crépitent, j’allume la télévision d’une junior suite du Novotel Tour Eiffel, je vide le minibar. Quand avez-vous commencé à avoir vraiment peur ? Je passe deux jours chez Kelly, je me branle dans ses culottes, nouveau forfait illimité. Dayton baisse le pantalon de Norris, l’émascule, lance les organes au rottweiler surexcité, attaché dans un coin du hangar. La flamme Olympique traverse Paris, des flics arrachent des drapeaux tibétains des mains de manifestants jetés à terre, ça cogne, ça saigne, ça fait le tour du monde, rien de vertigineux. Je dîne au Fogon avec le Che, au Fouquet’s avec Max, il rentre de Slovénie, deux millions de clients. Le maître d’hôtel s’approche : quelqu’un, à cette table (léger mouvement de tête), pense que vous êtes Tom Cruise. J’ai fini par rentrer chez moi. Vie quotidienne ? Je cours avec le coach, je parle à la psy, et à chaque fois que je chie j’ai la hantise de voir des vers s’agiter dans la merde. Dayton ? Il caresse le rottweiler. Katie s’effondre à la sortie d’un restaurant de Los Angeles (lequel ?), une partie de la somme dépensée par Victoire pour acheter ses Converse est reversée au Global Fund, lutte contre le syndrome d’immunodéficience acquise, destruction par rétrovirus, je regardais la télé en faisant des abdos. L’expression horrifiée des témoins ? Image. Les silhouettes accrochées aux fenêtres ? Image. Les corps qui tombent ? Image. Les pluies de cendres, les nuages de poussière ? Image. Fuir en pressant un mouchoir sur sa bouche, le visage ensanglanté ? Image. L’aspect fantomatique des survivants ? Image. Le type s’agite sur sa chaise, pointe son doigt, l’album se referme avec la déposition des derniers débris dit-il, j’ai pris une douche, j’ai appelé Kelly. Tu dors ? Katie Holmes, soutenue par un garde du corps, semblait désorientée. Victoire, assise sur le rebord de sa baignoire, passait le rasoir sur sa fente en écoutant Tangerine Dream. Qu’est-ce qui te ferait plaisir ? Regarde-moi. Expérience sensorielle ? Chaleur d’un jet d’urine. Sentiment que tu ignores ? La honte. Recours à la destruction ? Bof. Pudeur ? Oui. Un cocktail explosif ? Béta bloquant + anti arythmique. Je suis debout devant un miroir, verre à la main, l’extrémité d’une paille entre les lèvres. L’aspiration désigne l’écoulement d’un fluide vers une zone où la pression est inférieure à l’atmosphère (vide partiel), Dayton lance la tête de Norris contre un mur, la ramasse, recommence (dripping). Le chien aboie, tire sur sa laisse, la nuit tombe. Épuisée, le teint blanchâtre, souffrant de maux de tête et d’étourdissements, Katie avale un somnifère, se couche. Réunis dans un salon de l’aile ouest de la maison de Berverley Hills, Tom et ses avocats étudient les possibilités d’engager une procédure judiciaire contre les promoteurs d’une nouvelle variété de marijuana, commercialisée sous le nom de « Tom Cruise Purple », photo de la star collée sur les sachets, sourire laser, je m’arrachais les ongles des pieds, je me suis évanoui. Max est à bord d’un Boeing 777-200 (Paris Shanghai), Kelly visite une opération de deux mille mètres carrés, déjeune avec l’investisseur, fait du shopping, retrouve Carola au Victoria bar, sur Postdamer Strasse. Résonance descriptive ? Conversations, froissements d’étoffes. C’est un dimanche d’avril, je sors de l’hôtel Costes, j’appelle Air France, je réserve une place dans un vol pour Berlin. Le taxi arrive, je monte dans la voiture. Des touristes lisent des plans, des monospaces s’engouffrent dans des parkings, des caméras de vidéosurveillance enregistrent le passage d’une berline de la compagnie G7 qui remonte le boulevard de la Chapelle, s’engage sur le périphérique, prend l’autoroute A1. Je porte des lunettes noires, j’ai les cheveux dans la gueule, montre-moi ton visage. Lequel ? Trois heures plus tard j’arrive à l’hôtel Mandala, Fredrichstrasse, suite 124. Kelly m’ouvre en tee-shirt, touffe brune. On fait l’amour, je réserve chez Maxwell. Ça doit te faire horriblement mal, non ? Elle est assise sur les toilettes, deux feuilles de papier dans une main, regarde les moitiés d’ongles sur mes orteils. Max est en Chine (1,3 milliard de clients), le Che à Mexico, Sarah dans le comté de Lincoln, Nevada. Je n’ai pas de nouvelles de Charles, Claude et Sophie s’engueulent, Florence s’est inscrite sur Meetic. Le lendemain, j’achète des fringues. Le temps qu’il fait ? Météo, variations sur le thème. Je retrouve Kelly dans un espace à vocation industrielle, réception sous verrière, volume et lumière. Elle prend des photos, appelle un architecte, referme l’organiseur. Tu trouves ça comment, me demande-t-elle ? Mon ceinturon autour de sa gorge, sa culotte dans la bouche. Le soir : sauna massages, nous dînons dans la chambre. Nuit douce, à peine troublée par des douleurs dans les gencives, Kelly parle dans son sommeil. Je rentre à Paris, elle prend un avion pour Prague. À bord d’un pick-up conduit par Jim Klass, un ufologue de Las Vegas, Sarah filme les abords de la Zone 51, aire géographique de 155 kilomètres carrés, base militaire secrète. Je suis avec Chris, on est chez moi. Bande-son atonale, je suis le seul à l’entendre. Les rythmes brutaux me disent quand courir, les sons tranchants me préviennent quand baisser la tête, embrasser Kelly, prendre un stilnox, appeler un taxi. Tu veux savoir ce que je vais faire de ces images, me demande Chris ? Léger accent anglais, caméra sur l’épaule. Non, dis-je, les doigts sur le clavier du PC. Douceur des touches, battements du curseur (témoin noir vertical clignotant), apparition des caractères. C’est impeccable, rien qui dépasse, la suite. Chris est sur le palier, prend l’ascenseur. Dayton verse un bidon d’essence sur le corps de Norris, craque une allumette, met le feu, se rhabille (manteau noir Gucci, costume YSL), détache le rottweiller, sort du hangar, prend ses clés (signal de désactivation d’alarme), monte dans sa caisse. Si c’était au cinéma, il y aurait un plan sur son regard, dans le rétroviseur. La magie de l’artiste ? Trou du cul, blonde, queue, enculé, lesbienne, chatte, sucer. L’humanité d’un être ? Anal, sodomie, blonde, fortement, trou béant. Rien de plus sérieux ? Projet métis, éthique, durable, monde juste et solidaire, j’habite la zone euro. Bonnes sensations, nouveau capitalisme, tous les écrans. Il est minuit, une fille se baigne. Glissandos de harpe (nage souple et harmonieuse), atmosphère de conte de fée, présence du violoncelle associé au requin. Le rythme s’accélère, la caméra s’approche, le son de l’enclume (première apparition dans l’orchestre) déclenche le mouvement et le drame, le requin mord. Le lendemain, on trouve un bras sur le rivage. Dormir ? J’appelle Florence. Solitaire, agressive, séductrice, exhibitionniste, autoritaire. Une heure plus tard je suis chez elle, couché sur la moquette, momifié avec du film alimentaire, plusieurs couches, du solide. Tu veux savoir ? Bobsleigh, patins tranchants, projections de glace, exubérance irrationnelle, mécanique du krach, tous les modèles s’accordent ça va mal finir, un bruit d’enfer, je rentre à l’aube. Autorité de l’appartement. Pourquoi Tom Cruise sur l’écran du PC. Fébrilité, vertiges, quelques phrases disparaissent, I’m about to lose control, j’avale un somnifère. J’écris ça au réveil, je descends boire un café. Lecture de la presse, bulle spéculative. Jugeant que les importations anglo-américaines dans notre lexique deviennent massives, les autorités gouvernementales complètent le dispositif de régulation de la langue, just let me cry. Je reprends un café. Dehors, un type fait rebondir un ballon. Gel fixation extrême, believe in basketball, ce que je vois disparaît. Retour à l’ordre ? Just porn, no bullshit. C’est quoi le plan ? J’avale des œufs brouillés. Couché sur son linceul, baigné de lumière grise, le Christ est mort. Plaies vives, le sang ruisselle, ça se passe au Louvre. À quelques kilomètres de là, dans une galerie du Marais, trente Diamants Mandarins volettent, se posent sur des Gibson fixées sur des trépieds (à l’horizontale), branchées sur des amplis, pièce musicale de Céleste Boursier-Mougenot, oiing, clinngg, boiinnng, apparition de trois onomatopées. Les pattes s’accrochent aux cordes, les becs rouges (mâles) et orangés (femelles) les pincent, arrachent des sons, pause. Suri Cruise, qui est dans les bras de sa nurse, regarde son gâteau d’anniversaire (cinq mille dollars), une pièce montée confectionnée par un artisan pâtissier de Los Angeles, ornée de papillons et de vingt-quatre petits gâteaux originaux. Tom souffle les deux bougies, Katie applaudit, ainsi que quelques témoins privilégiés dont Victoria et David Beckham, venus en voisins. Puissance du dispositif. Tension, réalité perceptuelle, positition prescriptive. Le récit mais vite, et en Prada c’est mieux. L’événement déployé, un million de signes, l’addition s’il vous plaît. Effort considérable pour me lever, traverser l’avenue, passer devant la loge des gardiens, prendre l’ascenseur, mettre la clé dans la serrure, ouvrir la porte. Sur le plasma, le témoignage d’un rescapé, 1,65 m de diagonale, full HD, technologie V-Real Pro 2, système SRS TruSurround XT intégré. Le visage de l’homme exprime un appel fervent, une sorte de supplication. J’ai eu beaucoup de chance dit-il, voix sourde, il faisait noir, je zappe, éblouissement. Cube de lumière, côte pacifique. C’était l’année dernière. J’étais sur la terrasse d’une maison d’architecte. Paire de jumelles, aileron de requin à cent mètres, ronds dans l’eau. Kelly dormait, nous venions de faire l’amour, je me sers un verre. Vodka glacée, citron vert, je vais sur le balcon. Convoi de cars de CRS, hurlement des sirènes, lycéens dans la rue, l’éveil d’une conscience politique. Katie considère Victoria comme une sorte de modèle, dit Kristine Metz à Ron Kaye, rédacteur en chef du Los Angeles Daily News. Même coupe de cheveux, même régime draconien. Elle ne mange que des trucs à base d’algues, raisin gelé ou haricots, neuf cents calories/jour, oh my god, si tu voyais comme elle est maigre ! Ron, qui répond au téléphone, fait un clin d’œil à Kristine. Ils déjeunent chez Mori Sushi, West Pico Boulevard, une étoile au Michelin, il commence à pleuvoir. Je rentre, playlist, il me faut du sévère, Helikopter, Stockhausen, j’écoute à fond, mouvements d’hélices, la voix d’un récitant : ein, zwei, drei… Martèlement comptable, rythmique injonctive, lames acérées, ça monte en puissance, cisèlement de l’air, je décolle putain, je décolle ! Obsession, répression, partition. Celle de Richard Serra se joue au Grand Palais. Cinq plaques d’acier (17 mètres de haut, 4 mètres de large, 13 centimètres d’épaisseur) sont en route pour Paris, convoi exceptionnel, le sculpteur les dressera sous la nef, vodka citron, je vais boire la bouteille, me déchirer la gueule jusqu’à ce que Kelly rentre, c’est dans l’insécurité que se vit, de manière croissante, le présent, ah ah ah, les Mandarins volettent, se posent sur le corps du Christ, de la peinture, de tout ce que tu voudras, arrachent des lambeaux de chair, je me branle, debout devant un miroir, le jean sur les chevilles, photographie ma queue avec mon téléphone, MMS à Kelly. Encore, me répond-elle. Ne pas jouir, rester dur, à peine prier, tout allumer, multifenêtrage, cacophonie. Pendant que je danse avec le diable (Absolute beginning), Nicolas Sarkozy arrive sur le tarmac de l’aéroport d’Orly, les ex-otages sont toujours dans l’avion, on va voir des gros plans j’espère, commente un journaliste de la télévision, c’est ça le direct, c’est ça la chaîne info, on attend la passerelle, raconte-moi une histoire. Au large de l’île d’Amity, il est toujours minuit. Les instruments à cordes soulignent les mouvements de la jeune fille qui se débat, l’enclume illustre les morsures du requin qui la tire vers le fond. Plan de coupe, son copain étendu sur la plage, trop saoul pour entendre les cris. Derniers mouvements, elle disparaît. Come again ? Rumeurs de séparation entre Tom et Katie, retour de Kelly prévu pour demain à 20 heures. Assis sur le lit d’une chambre du motel Little A’Le’Inn, à Rachel Nevada, Sarah et Jim visionnent les rushes de la journée. Au-delà des limites du périmètre restreint, l’usage de force pouvant entraîner la mort est permis, peut-on lire sur des panneaux plantés sur Groom Lake Road, à l’extrémité nord de la zone 51. Florence approche l’embout d’un aspirateur allumé de sa chatte, Charles se sent attiré par la philosophie bouddhiste, Sophie et Claude se penchent sur le berceau du bébé (yeux grands ouverts, bras qui s’agitent), Max est entre les mains de Hua, masseuse. Libération de l’homme ? Beauté, blonde, nichons, fumer, seins, pose, Victoire. Que fait-elle ? Lecture de l’agenda. Florence pousse un cri, je reçois un texto de Kelly : je t’aime. Les idées de lieu, de temps, d’identité finissent par voler en éclat, DEVENEZ TOM CRUISE, Dayton s’est un peu radouci.

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