octobre 29, 2007...10:22
Pourquoi Tom Cruise (3)
C’est comme l’infini, c’est toujours la même chose
J’ai arraché son string, elle m’a lacéré le visage. Les services secrets allemands ont arrêté trois membres d’une cellule de l’Union du Jihad international (UDI) et j’ai mordu ses lèvres. J’avais activé la fonction auto zapping du téléviseur, baiser au sang, recherche aléatoire, de cinq à vingt secondes par chaîne. Le sol vibrait. C’était une nuit d’été, j’ai pissé dans sa bouche. Les terroristes s’étaient procuré sept cent trente kilos de produits chimiques, soit l’équivalent de cinq cent cinquante kilos de TNT. Dans la ville de Sansepolcro en Toscane, les soldats de La Résurrection dormaient au pied du Saint Sépulcre. Condi Rice s’achetait des chaussures chez Ferragamo sur Madison avenue, Florence s’était cassé la jambe. À Francfort, des hommes transportaient d’importantes quantités de peroxyde d’hydrogène. Katie Holmes et Suri passaient la journée à Paris, visite privée du Louvre, déjeuner à l’Avenue, shopping avenue Montaigne, jet à Orly et retour à Berlin. J’étais sur le balcon, Kelly s’est endormie. Déclenchement d’une sirène piézoélectrique de 116 dB, dispositif de protection d’un véhicule, vidéo sur YouTube, exécution de Saddam Hussein : bourreaux encagoulés, la trappe s’ouvre, « qu’il reste pendu huit minutes ». Condi sort de chez Ferragamo, je nage une heure, sauna, Kelly m’appelle, ne vient pas à Venise. Je passais mes journées au Lido. Dînais au Harry’s bar et rentrais à l’hôtel. J’allumais le PC. Join the erotic word of Andrew Blake, Room 420, Elena & Bianca. Je restais éveillé. Le peroxyde d’hydrogène (H2O2) mais aussi l’acétone et l’acide chlorhydrique étaient utilisés pour la fabrication de bombes artisanales. Que l’éternel nous accorde la paix. Loris Gréaud, qui réalisait ses premières nano sculptures, avait déclaré, en référence au livre de Lewis Caroll, Alice in Wonderland : this story could reflect my whole project : no end, no resolution, no scale. Le Christ Rédempteur de la fresque de Piero della Francesca, pâle et barbu, le flanc percé, étendard de croisé dans une main, un pied sur le tombeau, réglait les questions de fin, de résolution, d’échelle. The must important thing you can do is just to be there, m’a dit la voix. J’étais dans une chambre de l’hôtel Manin, voir ma merde devenait un supplice, j’avais une main sur la télécommande, couper Venise, la perfection du geste, des choses soudaines : semtex, formex, C4, nitro, chlorate de soude. La suite ? Mes doigts sur le clavier, je sais qu’elle tremble au fond de son lit, parle dans son sommeil. Charles suçait une queue. La même. Florence met du rouge sur ses ongles, aucune fièvre, les yeux ouverts, un mur de briques dans le désert. Si je n’écrivais pas je construirais des tours. Tapei 101 (cinq cent huit mètres), Guangzhou Twin Towers (cinq cent quatorze), Freedom Tower (cinq cent quarante et un), Burj Dubai (sept cent cinq). Poids de l’édifice, pression du vent sur la structure — deux cents kilos par mètre carré —, oscillations, vertige, je vais tomber, rose poussière. Coller Venise. Je suis allé sur le balcon. Premiers vaporetti, je fumais des cigarettes. Loris : this is a show where believing is more important than seeing. Alice in Wonderland : have you get the riddle yet ? On va faire un sondage : assécher les canaux, remuer la vase, ne pas oublier son masque — élastiques en polyisoprène, barrette nasale en aluminium, média filtrant en polypropylène, onze euros et quatre-vingt-dix centimes chez Leroy Merlin. C’est carnaval ? Yep. Odeurs nauséabondes ? Yap. Le programme ? Carrosse traîné par mille chevaux, projections de boue, de merde, t’as intérêt à porter des lunettes, oculaires en polycarbonate. Le soir, spectacle pyrotechnique, je m’endors dans la lumière, des hommes fabriquent des bombes dans des appartements. Dispositions opérationnelles, mettre en avant le nécessaire et le général. Verser, agiter, un mélange homogène, dégagement de fumées, maintenir au frais, laisser agir quarante-huit heures. Filtrer la solution. Le peroxyde d’acétone explose à partir de 50 °C. Il se décompose en méthane qui brûle violemment à son tour, boule de feu, origine. Peinture. Un lien fondamental. Quelque chose d’agité. Arnauld Pierre, sur Antonio Asis : pouvoir énergétique et dynamogénique de la couleur, bouffées d’énergie irradiante. Le pigment + la distance parcourue = le théâtre du vide opérant, plongeon de Klein photographié par Harry Shunk, l’artiste en vol, les bras ouverts, des preuves tangibles. Je suis vivant. Les bruits du grand canal, activité, une tasse de thé, elle m’envoie un texto : bonne journée mon amour. Il était dix heures dix, je pensais en français. Langue romane. Je suis rentré à Paris. Désarmement des toboggans, vérification de la porte opposée, je monte dans un taxi. Là, on trouverait profit à écouter le Prélude à L’après-midi d’un Faune de Claude Debussy, sommet de la musique française. Mon voisin dans l’avion : my friends all died in a plane crash. Le soir, vernissage en présence de l’artiste. Tu restes dîner ? Non. Rendez-vous chez Florence. Espère la victoire de l’amour, du beau. L’instant d’après, résiste. Tu veux boire quelque chose ? Je suis à la fenêtre. Musique du film Edward aux mains d’argent, connaissance du schéma narratif. Ce qu’il faut à cette ville ? Des architectes. J’en ai ras le cul d’être allongée, dit Florence. La couleur de ses cheveux est déterminée par le gêne MCIR qui régule la phéomélanine (blond-roux), je passe la main sur son plâtre. Ça te fait mal ? Non. Je donne un coup sur la jambe. Et là ? Dans les montagnes du Colorado, une Buick couleur crème avale les kilomètres. Tom Cruise est au volant, sa main caresse la cuisse de Katie Holmes. Suri est harnachée au siège arrière, à côté de la photographe Annie Leibovitz. Dans les haut-parleurs, James Blunt chante : you’re beautiful, it’s true. Tom se tourne vers Katie : it’s true, baby. Je regarde Florence : tu veux bien me faire les ongles ? L’histoire se déroule sur fond de comptabilité, d’inceste. Comportements névrotiques, hystériques. Brutalité, inélégance. Tension extrême, percées agressives, l’événement idéalisé, pris pour vrai. Nous sommes au cœur de la zone sécurisée. Grilles d’acier, blocs de béton, forces de l’ordre. Trois hélicos dans le ciel. Mener une action radicale ? Rentrer, écrire jusqu’au matin. La suite ? Prendre un stilnox, baisser les stores, fermer les yeux. Convoquer ça : le Lido de Venise, les murazzi, l’ombre des pergolas. Images qui sauvent, le mot vulve est obscène, le coach sportif a sonné, je suis allé chez ma psy. J’ai dîné chez Li Lam, ça bougeait dans l’assiette. Kelly est dans l’avion, elle écoute son iPod. Se lève, toilettes tampon vagin. Poussez avec le doigt. En sortant croise un homme, moustache blonde, chemise bleue froissée. L’Airbus A321 amorçait sa descente, mon pouce actionnait le bouton-poussoir d’un stylo à bille rétractable portant l’inscription Father&Son. Je buvais du thé, prenais des notes. Les troubles du syndrome prémenstruel (SPM) débutent deux à dix jours avant les règles, j’ai regardé l’heure, dessiné un cercle, la pluie tombait, le feu et l’eau, portion de plan limitée par une circonférence, apparition du flux sanguin. Le vol AF2015 en provenance de Milan s’est posé à Roissy, elle a pris un taxi, Mercedes Classic noire, chauffeur blanc. M’appelle : je viens d’arriver. Me dit qu’elle rentre, crevée, dormir, j’ai dessiné un second cercle. Le lendemain : jour de gloire, tyrannie, qu’un sang impur, vague de bonheur, elle est venue à l’appart, j’étais couché, s’est glissée sous la couette, je t’aime c’est radical. Me lèche les pieds. Me tète les gros orteils, va faire pipi, revient, le fil blanc du tampon, se jette sur moi. Jean Nouvel, Christian de Porzamparc, Massimiliano Fuksas, Rem Koolhas, Jacques Herzog, Thom Mayne déjeunent à l’Élysée, on regarde Casino. J’ai levé le store, c’est une chambre au soleil, elle se caresse, j’ai mis les pieds au mur, en appui sur les mains, elle est au bord du lit, les pieds sur le parquet, deux doigts tendus, nos abdos contractés, souffles courts, mon corps blanc, lisse, bras gauche zébré de noir. Elle jouit, serre les cuisses, mes pieds au sol, 180 degrés. Les lois de l’attraction, elle s’arrache un orgasme. Nous prenons un taxi. Roissy, le vol Paris Berlin LH4219, décollage, turbulences. En sortant des toilettes, face à moi : une moustache blonde, une chemise bleue froissée. Tu as déjà vu ce type, je demande à Kelly ? Non. Le Boeing 737-300 se pose, dernier virage, hôtel Radisson SAS, aquarium cylindrique, vingt-cinq mètres de haut, un million de litres d’eau, deux mille cinq cents poissons. Nous montons, chambre claire, lit blanc, deux fauteuils rouges, téléachat sur l’écran LCD. Elle est sur le balcon. Vue sur la cathédrale, l’ancienne maison du peuple. J’allume le PC, checke mes mails, ouvre le fichier Pourquoi Tom Cruise. À Barcelone, Agnes absorbe une dose létale de pentobarbital de sodium, perd connaissance, meurt trente minutes plus tard. Je descends nager. Quand je remonte Kelly dort, j’écris, réserve une table au Noodle Kitchen, l’Irak sur CNN, Mona Lisa sur ZDF, football sur ARD, elle se réveille, coups de crosses sur un type menotté, torse nu, le visage recouvert d’une cagoule. J’appelle le room service, la peau éclate, une bouteille de champagne. Je passe ma langue sur mes canines, elle écoute ses messages. Origine ? Sphère intime. Monde plein. Repéré. Ça va mon cœur ? Nous deux - graphie inclinée vers la droite, « lettres vénitiennes » inventées en 1501 par l’artiste Francesco Raibolini en réponse à la demande d’un imprimeur voulant reproduire l’écriture manuscrite cursive -, penchés sur le vide. Elle s’est mise à genoux, je m’enfonce dans ses fesses, retour au plein, répétition, des bulles, légère ivresse, dîner, quelques pas sur les bords de la Spree, l’ordre vibre, une ombre, l’eau noire, silhouette furtive. Il se passe quelque chose, demande Kelly ? Oui. Chef-d’œuvre paranoïaque, points de passage, zone couverte par un satellite militaire de télédétection de type KH, trou de serrure, orbite basse, nous arrivons devant un mur d’enceintes, cent cinquante décibels : l’ouverture de La Pie voleuse de Rossini, orchestre philharmonique. Retour à l’hôtel, les poissons dans la bulle, l’ascenseur. Une voix qui sort d’un mini haut-parleur : vous avez été reconnus coupables, et condamnés. On attend la suite, les portes s’ouvrent. Long couloir, flash Kubrick, Shining, les sœurs jumelles, soirée comique. Ici manque un flot de sang qui se déverse (John tu me fais un ralenti ok ? Compris Stan !), chambre 732, carte magnétique, fébrilité. N’allume pas s’il te plaît. Elle fait pipi. Masse sombre du Berliner Dome, structure néo-baroque. Reportage sur Arte, portraits de soldats américains morts en Irak (crayon sur papier), vidéo d’un garçon jouant au football avec une tête de mort au pied d’un immeuble éventré, dans les ruines d’un quartier ravagé par les bombes. Impacts de balles, misère formelle. Nous sommes couchés, j’ai la tête sur un bloc de semtex, Kelly s’est blottie contre moi. Je zappe. Halo de lumière agitée, suites bleues, des anges. Il y eut un bruit sourd, elle a fermé ses yeux. Explosion d’un lapin vert fluo, c’est rouge à l’intérieur. Le semtex est composé de pentrite, d’hexogène, de caoutchouc et d’huile de paraffine. Sa couleur est orange clair, il sent la gomme, je lâche la télécommande. Écrire ? Un corps tonique, une alimentation légère, la garde-robe, se répéter. Je soulève le drap, mets le nez dans sa fente, pure bombe, je la bouffe, elle crie. Me pompe. On boit le minibar, on mélange nos salives. Sur le mur : Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, Mahmoud Ahmadinejad, Vladimir Poutine. Kelly fait une drôle de grimace. Je l’étrangle. Tu me fais mal ! TU ME FAIS MAL !!! La première chose que je vois en me réveillant c’est un pick-up Nissan, puis un Humvee, puis une bouche qui se pose sur la mienne. Haleine chargée, seins durs, se jette sur sa brosse à dents. On bouge ? Ascenseur muet, quatre plongeurs dans l’aquarium. Visite de lofts toute la journée, elle prend des dizaines de photos, retour à Paris, le coach, la psy, la première trace, l’instant zéro. Kelly était repartie à Londres, négociation et transaction. Tom Cruise, convaincu du retour de Xenu - dictateur extraterrestre, maître de la confédération galactique -, se faisait construire un bunker anti-aliens sous sa propriété de Telluride (Collorado). Charles se perdait dans Shibuya. Le magazine Elle sortait un numéro SPECIAL SEXE [« ce qui nous rend FEMMES, ce qui les rend FOUS »], Boris Bergmann faisait la Une de Tecknikart [« j’adore écouter le bruit du talon de mes boots sur le marbre blanc de mon hall d’entrée »], Rodolphe Marconi sortait son Lagerfeld Confidentiel, des images « au plus près », la créature à l’arrière d’une limousine, dans le hub d’un aéroport, sur le gazon d’un héliport. Los Angeles, Monaco, Paris, Pékin, lieux géostratégiques du marché du luxe, rythme effréné, je me suis évanoui. Ma tête a heurté le plancher. À mon réveil, Sophie se gode avec un cône goût fraise, Claude bouffe la glace qui ressort du vagin, le bébé dort. Florence se fait une ligne de C, veut arracher son plâtre, appelle un taxi, c’est occupé, regarde l’heure, je vais être en retard. Les cendres d’Agnes sont dispersées au large de Barcelone, Sarah se fait refaire le nez : rhinoplastie par voie externe avec correction de la déviation de la cloison nasale, correction de la bosse nasale par remodelage osseux et cartilagineux. La secrétaire d’État Condoleezza Rice préside une rencontre avec ses homologues russe, chinois, britannique, français, allemand. La question Iranienne. Indicateurs, cartes thématiques, fiches régionales, chronologie des événements, annuaire statistique mondial des données essentielles, l’outil de référence pour comprendre le monde. Croissance économique, politique de défense, industrie de l’armement, terrorisme et criminalité, espaces en recomposition, tensions, diplomatie. Guerre. Je regarde LCI : un sarcophage pour Tchernobyl, enceinte de confinement, contrôle de l’anus et développement durable, la planète attitude, réchauffement, fonte des neiges. Le thon en voie d’extinction. La semaine de la mode. Je sors, les trottoirs puent la merde, traces d’urine, je déjeune avec Victoire. C’est incroyable ce que tu ressembles à Tom Cruise ! Ah oui ? Le soir, vernissage de Dérive, jeune scène française, prix du meilleur artiste, douze prétendants, quelques amis, je ne fais que passer, un texto de Kelly : je lèche ton gland. Réponse : je t’aime. En rentrant je m’arrête à l’Oxe, respire de l’O2 vingt minutes, canules sous les narines, Richie Hawtins dans les oreilles. Quand j’arrive à l’appart je checke mes mails, lance le fichier Pourquoi Tom Cruise, fais des abdos devant la télé, une heure de vélo, je prends une douche, j’appelle Kelly, elle est sur répondeur. Je regarde Casino, Sam “Ace” Rothstein en costume de soie rose, assis dans le canapé blanc demi-lune Steiner (collection Mandala, cinq mille euros boulevard Raspail), le PC devant moi, mes doigts sur le clavier. Oublier que j’écris. Tête vide. Manque un garde du corps, une peinture de Steven Parrino, un catalogue de La Redoute, je veux boire tes paroles, on va faire des achats, une richesse thématique insensée, sex-toy, talkie-walkie VX-800 special police, iPod-touch, sceaux de peinture noire, fleurs blanches, papier toilette, serviettes hygiéniques, déodorant, chaussettes, appareil photo, j’aime tout, tes seins, ton rire, ta touffe, ton cul ta raie tes trous, le cœur qui bat dans ta poitrine. I love the 80s, Scarface and E.T. and Return of the Jedi, David Bowie and Eddy Grant and Nenna, Michael Jackson and Mike Oldfield, poubelles de stars, paparazzi, effacer mon tatoo. Tu as faim, demande la voix ? Rupture. Contenu illicite, message de l’organisation : vous êtes sous surveillance. J’adore. Le cerveau privé d’oxygène, à l’œuvre, enslave me. Je sors manger des huîtres. Inspirer, expirer, soulager les tensions. Le serpent a des anneaux Gucci, deux piercings à la langue, claque ses thunes dans la dope, se repose au Vietnam, pension complète sur le Mékong, un bateau quatre étoiles. Douze Fines de Claire et six Belons. Condi avance sur la glace d’une patinoire du centre sportif central de l’armée, à Moscou. De jeunes aspirants l’applaudissent, lui offrent un bouquet de fleurs, figure centrale, je n’ai toujours pas de nom. Quand Kelly est rentrée, elle m’a giflé. Tu te sens mieux ? Ça commence à aller. On fait quoi ? On se pisse sur la gueule. Une idée formidable ! Elle a appelé Sarah, je suis allé sur le balcon. CRS, GPS, SDF. Deux tentes igloo sur le parking, au milieu de l’avenue. Un chien aboie. Camion-citerne, jet haute pression. Le ciel ? Blanc. Kelly ? Talons hauts, tailleur gris. J’ai oublié le chargeur à Londres, dit-elle en me montrant son téléphone. On passe la journée au lit, des baisers sous les draps, des trucs à la télé, je réserve au Sensing. Le soir, je relis Pourquoi Tom Cruise en buvant du Perrier, elle fait une demi-heure de vélo. On écoute Chloé, The Waiting Room, bad trip, dark-techno, basses rugueuses, Kill the DJ, les fantômes du passé, ça vibre, fusion des genres, rock pysché, douche. Kelly en robe noire Untited Bamboo. Je porte un costume Tom Ford, une chemise blanche, des chaussures Jean-Baptiste Rautureau, une paire de lunettes Gucci à verres dégradés bleus. Clic du bracelet métallique de ma montre Omega Seamaster, elle parle au téléphone. Nous prenons l’ascenseur, léger étourdissement, les portes s’ouvrent, on attend le taxi dix minutes. Nuit douce. Merco noire. Je prends sa main, tueurs nés, carrefour Vavin. Tu as mis une culotte ? Envie de bouffer sa chatte, la langue qui fouille, Madame Monsieur, une table en angle, bouteille de San Pellegrino. Charles m’envoie une photo. Nous passons la commande (mahi-mahi), regardons l’image : une chambre d’hôtel, le reflet de Charles dans un miroir, des tons violets, du jaune cru dans un angle. Il a écrit l’origine du soleil. Nous mangeons en silence, moment de pure beauté. J’aimerais revoir Sarah, dit-elle en posant ses couverts. Café. Taxi. Un verre au Mathis bar. Une star de la télévision, des post-humains qui boivent des mojitos (havana club et seven up), velours chauds, le sol brûle sous nos pieds, Kelly fume des Dunhill, mes doigts dans ses cheveux, un cheval rouge au bout de la rue, cabré. Celui qui le monte, il lui est donné de bannir la paix de la terre, dispositif de mise à feu, détonateurs barométriques. Un argument d’autorité. Une guerre sans nom. Ou dans l’attente d’une signature : revendications, enquêtes, la police scientifique, les recoupements, restes du Kamikaze et mode opératoire : attribuer l’attentat. Tel jour, telle heure, à tel endroit, X s’est fait péter la gueule, au nom de telle organisation. Bilan humain, conséquences, décisions politiques. Je vais te dire mon amour, si nous étions des Dieux, le visible, l’invisible, tout serait immédiat. On va chez moi, dit-elle ? Nuit Kitano, on se finit sur Hana-bi, je recopie l’alphabet. Ecriture à contrainte : dès la seconde série, une lettre disparaît. Je commence par le Z, puis le Y, ainsi de suite. Rangées, colonnes. À la fin, il ne reste qu’un A. Puis rien. Le jour se lève, elle fait du thé. Demeurez en éveil. C’est le sens de La Résurrection. Sauf que je suis fatigué. Deux êtres enlacés, gorgés de sang et d’eau. Le lendemain je respirais de l’eau de javel, elle jouait avec son Crystal Plug, double attentat suicide à Karachi, cent trente-huit morts, plus de cinq cents blessés, la cible est sauve, je suis allé nager, passé la journée à écrire, flux sanguin, sang rouge vif, je vais compter les morts, deux mille mots, trente kilos d’explosifs, je m’arrache une molaire, le vol du papillon, des billes d’acier, grammaire. Un trou dans la gencive. Un jeu télévisé. Suivi de l’ordre blanc : deux cents congélateurs, de type bahuts, disposés en carré, sur le sol en béton d’un hall d’exposition. Deux mètres entre chaque appareil. Un son quand on les ouvre. Le même. Puissant. Monte avec la lumière, gainée de froid. Sur la gauche, une immense baie vitrée. Ils sont tous vides ? Je dois pouvoir vérifier, faire un rapport, Philippe est avec moi, il va m’aider, de la méthode, ouvrir, pointer, jusqu’au dernier congélateur. Message à l’organisation : tout se passe comme prévu. En sortant, nous entendîmes le vrombissement des pales d’un hélicoptère. C’était un passé simple. Je portais une black jacket and shirt DIOR HOMME, un jean Energie déchiré aux genoux, des boots Prada, je marchais dans l’appart, le PC allumé, Pourquoi Tom Cruise. Kelly m’appelle. Bruits sourds des corps qui s’écrasent au pied des Twins Towers, il serait temps, va chier ta mère, un hôpital des amputés, elle a éclaté de rire, parle-moi d’Agnes, le cocktail du bien-être, dans le texte et pour l’éternité. Cent mètres carrés + l’amour = vite tu te fais chier. C’est aussi simple. Champ d’investigation ? Les limites du jardin. Elle est assise sur la moquette, culotte grise, je peux me représenter à peu près tout, je veux dire mentalement, sauf mon propre visage. Vous êtes Tom Cruise, demande la voix ? Je m’appelle Thomas Croisière. Condi fait demi-tour, sort de la patinoire, bouquet de fleurs à la main. Kelly met du rouge sur ses ongles, le téléphone coincé contre l’épaule, boules de Geisha Smartball noir et argent sur la petite table blanche. On se voit ce soir ? Une pub à la télé : route de montagne boisée, virages avec torrents. Rupture visuelle, rythmique, syntaxique, sémantique, dialogique. Je sens trop bon. Je me roule une pelle me mets la langue me bouffe la queue, virus et antidote, je hais le sexe, some war stories, Gunner Palace, un film choc, la vie de quatre cents soldats américains, palais d’Uday Hussein, Kelly se branle, ma putain de playlist, je me jouis dans la gueule, un doigt dans le cul, j’aime l’odeur de ma peau, rédempteur de mes couilles, comme tu t’arraches un œil, dormez. En 2030, l’Île-de-France comptera treize millions d’habitants, des opposants se jettent contre les grilles, lances à eaux, lacrymos. Ce monde. Touffe brune. Les petits Cruise adeptes de la scientologie, Tom à Paris le vingt-cinq octobre. Faire du fric. Défonce-moi. Écrire ? Tendance. Je tiens le rythme. T’arrives à suivre ? L’autonomie de l’A321. Sa masse maxi au décollage, sa vitesse de croisière. Je t’aime, Kelly. La musique du Mépris, reprise par Scorcese dans Casino. Joe Pesci au volant de sa voiture. Un nuage de poussière. Des trous dans le désert, corps désarticulés, pelletées de sable, disparition. Urgence. Réfugiés climatiques. Le sud de la Californie reste la proie des flammes, villas de stars, des millions de fans, sécurité, le tapis rouge, cequejeveu Cunvisage pas1nom, j’appelle la société de nettoyage, EXIT, gang bang. Un procédé unique, cent pour cent naturel. La crise du cinéma ? Une jeune chinoise prise dans le tourbillon de ses sentiments, du sexe et des événements de la place Tiananmen. Je n’ai rien arrêté. Bulldozer. Je meurs comme Jésus-Christ. More streams here, japan bondage TV. Extension de mes droits, actrice fistée par une bouteille. Je veux ramper. Thaïlandaise bouffe le cul, dieu.com sépare la lumière d’avec les ténèbres, appelle la lumière jour. Go word, safe word, fouilles corporelles, française des jeux : de cinq heures à minuit, deux chances toutes les cinq minutes. Les morts n’ont plus de vie privée, je fais des balles, rebonds sur le plancher, bonne qualité de frappe, vingt-cinq octobre. Le feutre des Dunlop. Le claquement des talons de mes boots. Trajectoires claires, aucun effet, à peine une résistance à l’air. À partir de 1972, des commissions ministérielles de terminologie et de néologie sont constituées. Elles s’emploient à indiquer, parfois même à créer les termes français qu’il convient d’employer, lesquels s’imposent à l’administration. On ne dit plus tie-break mais jeu décisif. Vingt balles au sol, raquette le long de ma jambe, main gauche. Mur blanc. Finir mes gestes. Mes doigts refermés sur le manche, paume infiniment chaude. Portable en charge, PC en veille, Nadal sur le plasma, finale Roland Garros 2007, jeu Federer. Ce qui peut faire la différence ? Je ne rampe pas dans les phrases. Des balles trempées dans la couleur. Impacts. Disques noirs. Taux de réussite, applaudissements. Des cris dans le public, l’arbitre demande le silence, je demeure immobile, captation 3D, je passe au crible du scanner, je suis sculpté par la machine, statuaire, une finition à la Veilhan, sa signature, exposition, je suis à vendre. Tête indéterminée, ventre plat, muscles fins ; écris Pourquoi Tom Cruise ; déteste marcher dans Paris surtout quand je suis seul, merci de m’accompagner, le mieux c’est de prendre un taxi. Des restaurants pour me nourrir, des morts pour me distraire. Caissons de basses pour vibrer, rythmes nus, hypnotiques, abîme électronique. De sang froid. Ce qu’il montrait du doigt, c’est une empreinte de pied tachée de sang. Maintenant, demande-toi ce qui peut pousser un type à se faire exploser, et avec lui deux cents personnes. Un autre à vider son chargeur sur une foule. J’ai bougé. Marché entre les balles. Regardé l’heure. Tom appelle Victoria, lui demande des billets pour le prochain concert des Spice Girls. Condi évoque l’option d’un bombardement de l’Iran. Les aéroports parisiens sont bloqués par les grèves. Ordre des signes. Je prends une douche, brosse mes dents. Nuage d’Aqua di Gio. Le même jean déchiré, une chemise propre, pendentif tête de mort. La veste DIOR, un manteau en cachemire D&G, une paire de mocassins Rautureau. Je prends des Stilnox, les écouteurs de mon portable. Taxi en double file, Sarah dans la lumière. Elle a coupé ses cheveux. Mèches blondes, hématomes sur le nez. Je monte dans la voiture. Kelly, belle comme une princesse, un sourire sur ses lèvres. Dans leurs ventres, cavités utérines. Le chauffeur écoutait France Info, la police de Phoenix venait de découvrir le corps sans vie de Hans David Schmidt, maître chanteur. Vous voulez bien éteindre, j’ai demandé ? Nous sommes allés dîner. Hôtel Costes. Il fut question de chirurgie plastique. Puis de sexe, c’est-à-dire de nous. Situation morale, aucun crime véritable, les héros attablés, nous buvions des cocktails, j’ai mordu dans mon verre.
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