août 28, 2007...5:10

Pourquoi Tom Cruise (2)

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C’est comme l’infini, c’est toujours la même chose

Le coach sportif est parti en vacances. Al Gore organisait un concert planétaire pour la lutte contre le réchauffement climatique et Madonna chantait Hey You (stop and think before we sink). C’était la fin des années Bush. On était à New York, Miami, Berlin, Londres et Lisbonne. Amsterdam et Madrid. Elle portait des robes noires Jill Sander, des strings Showgirls. Je mangeais des huîtres, bulots, calmars, elle me demandait de pisser sur son visage. L’expérience historique ? Une certaine élasticité. Tom Cruise et Katie Holmes mais aussi George Clooney, Eva Longoria et Jim Carrey, Demi Moore et Ashton Kutcher, Ron Howard, Brooke Shields, Steven Spielberg, Wesley Snipes, Quincy Jones, Bruce Willis souhaitaient la bienvenue sur le sol américain au couple David et Victoria Beckham. Réception au musée d’art contemporain de Los Angeles (MOCA), ballet d’hélicoptères, rangées de photographes le long d’un tapis rouge. À Paris, Béatrice se faisait écraser par un bus. À Barcelone, Agnes massacrait Manuel X. Le sub space est la stupeur causée par les endorphines, analgésique naturel produit par le corps soumis à la douleur. Dans le texte envoyé à NBC, Cho Seung-Hui exprimait son admiration pour les auteurs de la tuerie du lycée Columbine. Le président de la République française s’appelait Nicolas Sarkozy, Gordon Brown gouvernait l’angleterre. Les premières photos de Tom Cruise en officier nazi circulaient sur le net. C’est quoi le visage littéral ? m’avait demandé Charles. Il sortait de l’Impact, bar gay, espace sexe au sous-sol, j’arrivais chez Kelly. Lit rond, murs roses, deux rails de néons blancs, un baiser sur ses lèvres. L’ocytocine est un nanopeptide formé au niveau des noyaux supra optiques et paraventriculaires de l’hypothalamus, transporté puis stocké par la posthypophyse qui le libère dans la circulation sanguine. Autrement dit : hormone de l’attachement et du besoin, série presque infinie de conséquences comme courir pieds nus sur le sable main dans la main, Kelly mange des cerises. La couleur de ses cheveux est déterminée par le gêne MCIR qui régule l’eumélanine, pigment brun noir, elle enlève sa culotte, ouvre les jambes, tenter le fist, une main d’écrivain. Les ongles doivent être coupés courts, les doigts protégés par des gants à usage médical. Gel à base d’eau ? Indispensable. Je la fouille, du vagin au clavier. Il y a des morts dans ton livre ? Retour d’Irak et prothèses en carbone. Saddam le cou brisé, des cris dans l’assistance. Un témoin invoque « Dieu le miséricordieux », se met à prier, le tyran est tombé, elle me demande si j’ai faim. Dans le numéro 7042 de la revue Nature (juin 2005), une équipe de chercheurs de l’Université de Zurich publie les résultats d’une expérience tendant à prouver que l’ocytocine place celui qui en inhale dans un état de confiance, Japan Sushi Express. Au moment exact où nous sommes livrés, crash de l’Airbus A320. Explosion, deux cents morts, fortes pluies. Je bois des verres de vodka, je l’entends parler dans son sommeil. La somniloquie est la plus fréquente des parasomnies, elle prend un avion pour Milan, va voir sa mère. Je rentre chez moi, fais des abdos devant CNN. Séance de trente minutes, séries de 20 répétitions. Crunch avec rotation, relevé de jambes sur plan incliné, repos de trente secondes entre les séries. Les épisodes de somniloquie survenant en sommeil paradoxal seraient plus longs, plus cohérents, plus empreints d’émotion, je vais sur le balcon. Convoi de CRS, façades grises, caméras de télésurveillance. J’oublie un truc ? Ciel blanc. Après ? Réappropriation des muscles internes et externes du sphincter, contractions vers le haut, stimulation du système nerveux et énergétique. Autre chose ? Combat contre le désordre, le laisser-aller, le chaos, le manque de discipline. Humeur ? Pressé. Info ? Tom et Katie veulent poser ensemble sous la douche, trempés et entourés de vapeur. Programme de la soirée ? Je m’évanouis. À Tokyo, Charles se promène dans les cimetières. À Paris, Philippe vole des bagnoles, grosses cylindrées, fait des chronos sur le périph. J’appelle la société de nettoyage, fais venir une femme de ménage. Les qualités d’un écrivain ? Sens du terrain et de la distribution du jeu, technique brillante, longues balles transversales. Tenue ? Jean Energie Straight Morris troué, chemise blanche D&G, les pieds nus dans une paire de mocassins. Obsession ? Les vestiaires d’une piscine, une femme qui passe la serpillière, l’odeur de l’eau de javel. Ambition ? Gardes du corps, jet privé, propriété gigantesque protégée par des grilles électroniques, magiciens de la communication, vraie fausse biographie écrite par le nègre de Bill Clinton. Signal de satiété ? Jamais. Le mauvais goût ? Tendance. Des ennemis ? Oui. Ta dernière soirée ? Paris Paris, génération my space, open bar au Pastis. Le genre ? Punkettes Prada, DA barbus en blousons noirs, néo-neurasthéniques bookés. Kelly m’appelle, on se connecte sur Messenger, caméra intégrée à l’écran du PC. Ça va ? Oui. Elle porte un débardeur en coton blanc American Apparel. Chambre néo-baroque, villa du quinzième siècle. Le son de sa voix : Maman m’a acheté une voiture. La pluie se met à tomber. Dans sa cellule du Metropolitan Detention Center (MDC) de Los Angeles, David Hans Schmidt, auteur d’une tentative d’extorsion de fonds sur la personne de Tom Cruise, regarde Victoria Beckam faire sa promo sur le plateau du Tonight Show. Kelly me dit qu’elle a sommeil, va sur son lit, feuillette un magazine. Elle s’endort, des fourmis sortent de son vagin. Espace poétique, repères puissants et organiques, le nom comme événement. Dès les premières images j’ai le visage de Cruise, lumière intense, lampe halogène. Je suis assis sur le canapé, le PC devant moi. La pluie ne cesse de tomber. Sur le plasma, un homme se coupe la langue au sécateur, expression extatique, mains sur la bouche, absence et mortification. Les scorpions se nourrissent de proies vivantes qu’ils paralysent à l’aide de leur venin, maintiennent entre leurs pinces dit une voix parce que je zappe, je me finis au western, lutte intime contre la lâcheté, absorption du je dans un nous, les cavaliers, j’avale un somnifère. Quelques heures plus tard je suis à Barcelone. Maison verre et acier, intérieur jour, canevas sonore électronique, bruit de pulsation détérioré. Grande pièce vide, plancher blond, baie vitrée. Agnes en robe noire Azzedine Alaïa, lunettes Chanel. Je suis malade me dit-elle. Je porte un costume gris, une chemise blanche, une paire de lunettes Boss. Très malade ? Oui. Il y a quelques années, nous vivions ensemble, soleil, éblouissement et fondu enchaîné : l’image s’efface au profit du son. Longue passe transversale ? Paris, place de la République. Bond offensif des forces anti-émeutes, charge synchronisée, atmosphère saturée de lacrymo, issues bloquées, tirs de flash ball, camions à eau, hélicoptères. Quand j’arrive elle somnole. Je pose ma tête sur sa poitrine, j’écoute battre son cœur. A la télé, défilé Marc Jacobs, créateur hyperactif. On boit des verres, on fait l’amour, nuit douce, elle a parlé dans son sommeil. La somniloquie est, dans la grande majorité des cas, une entité bénigne, ne nécessitant aucune prise en charge, aucun traitement. Une apparition tardive, un contenu trop élaboré ou violent devront orienter vers la possibilité, rare, d’une cause organique ou psychopathologique. J’étais allongé sur le dos, je regardais les aiguilles fluorescentes de ma montre Omega Seamaster. Le drapeau Russe flottait au fond de l’océan Arctique à la verticale du pôle nord, la version bêta de Spock moteur spécialisé dans la recherche d’individus était disponible, Condi Rice faisait savoir qu’elle resterait aux côtés de George Bush jusqu’à la fin de son mandat, je me suis concentré sur mon anus. À un certain niveau de pratique, la stimulation des muscles du sphincter permet d’inverser le cours des énergies qui ne se dirigent plus vers le bas et la dispersion, mais vers le haut et la réintégration. Podium. A la fin de son défilé, le couturier Marc Jacobs, mélancolique et exténué, déclare : je n’ai fait que mon boulot. Froissement des draps, elle se réveille. Vague de cheveux sur l’oreiller, brunch au Costes de la rue Saint-Honoré. Elle passe l’après-midi au spa Cent-ciels, Boulogne. Je rentre à l’appartement, visite des sites pornos. L’adresse IP de votre ordinateur est 82.204.65.216, l’information est tenue à disposition des autorités compétentes. Quelques images intéressantes, abonnement newsletter, pseudo Castor. Let’s keep in touch with everything, j’ai pris des somnifères, je me suis endormi. Dans sa cellule du MDC, David Hans Schmidt regardait CNN, l’attentat est violent, radical, meurtrier. Plus de quatre cents morts, selon les estimations. Les premiers commentaires : « le caractère spectaculaire de cette attaque, un manque total de respect de la vie humaine. » Média-training : varier les rythmes, intonations, phrasés, ruptures. Articuler. Dynamiser ses reportages, être réactif sur le terrain. La séduction comme clé de la problématique d’offre, certaines victimes seraient encore vivantes. Votre mission ? Vous allez tout répertorier. Mise en images de l’investigation ? Un seul plan suffira : le chien, la truffe dans les décombres. Moi aussi j’ai un plan ! Physique de l’amour. Les doigts d’Andy Garcia sur les gnocchis dans le Parrain III. Tableau vivant, effets dramatiques garantis. Jubilation formelle contre coups médiatiques : hier, la candidate à l’élection présidentielle répond aux questions d’un panel de français, s’avance vers le public, touche le paralytique. Demain, Tom et Katie sous une douche chaude, clichés sexy pour le magazine W. Alliance de mots ? Obscure clarté. A Tokyo, Charles sortait du temple Tenno-ji, situé à l’extrémité nord du cimetière de Yanaka. Son portable a sonné. Allô ? A Versailles, le préfet de Paris assiste à un stage d’entraînement aux VTU (Violences Type Urbain), décor de parpaings et de barricades, Ninjas du GIGN en rappel le long d’une façade, hélicoptères. Présentation du dispositif par un colonel de la gendarmerie. Ce jour-là je porte un costume gris, une chemise blanche, une paire de lunettes Boss. Le colonel fait le récit de l’apprentissage, elle achète du Ice Source. Ce soin est constitué d’extraits de framboise d’Arctique. Propriétés veinotoniques, destressantes, détoxifiantes. Et cliniquement prouvées. Ma fiancée sort du cash. Gestes d’une précision impeccable, parfaite connaissance de l’espace, maîtrise et anticipation. Elle monte dans un taxi, appelle sa mère. Il n’y a aucune différence entre une mère et une fille, pourvu qu’elles soient deux. Le colonel parle au téléphone, le préfet fume une cigarette, le chauffeur urine, un hélicoptère EC145 est en vol stationnaire à la verticale d’un immeuble sans murs, plateaux piliers, tireurs d’élite en embuscade. Le soir elle dîne avec Marlène, créatrice de mode, blonde platine, un sourire qui se perd sur sa bouche. Je suis à une fête chez Patricia. Dealers, amis MySpace, musique vodka substances. Le speed libère la dopamine. En sortant je croise Isabelle, enceinte. Ça va ? Oui. Tu trouves que je ressemble à Tom Cruise ? Non. J’appelle un taxi, je rentre, je checke mes mails : viagra, fenêtre humanitaire, pour un euro par jour j’ai une maison et je vais à l’école. Rien d’autre ? Enlarge your penis, elle m’envoie un texto : t’es où ? Vidéo sur Youtube, exécution de Saddam Hussein. L’ancien Raïs tombe dans le vide, quelques secondes de confusion, l’opérateur tente de fixer le cadavre qui se balance au bout de la corde. Gros plan sur la tête du supplicié, le cou brisé, les yeux ouverts. Quand elle arrive : teint pâle, muette. Ça ne va pas ? Le lendemain nous sommes à Istambul, piscine du Ramada Plaza Hôtel, bassin de quinze mètres, dix-huit transats, parasols jaunes. Revêtement de sol en tek brun. Ses ongles rouges, une paille entre ses lèvres, un cocktail de jus de fruits. Ciel bleu, avions, signatures blanches des réacteurs. En fin de journée, promenade, chant du Muezzin. Dîner à l’hôtel. On passe trois jours enfermés dans la chambre et on rente à Paris. Décollage, inventaire : tête de Christ, transfusion, forcenés du bonheur, enterrement de Béatrice, Isabelle qui accouche, campagne contre la faim dans le monde, images de mobilisation, scènes drapées bleu-blanc-rouge, immenses succès populaires, Philippe à fond sur le périph, les bienfaits du Ice-Source. Le packaging révolutionnaire permet un refroidissement ultra rapide de la crème qui passe de 22 à 2 °C. Les lipides subissent une rétraction moléculaire qui favorise leur pénétration cutanée. Une fois absorbés par la peau ils se gorgent d’eau, retrouvent leur structure initiale, je prends sa main. Dormir ? À peine. Au réveil : Up to date, Roissy-en-France, colis suspect, déploiement opérationnel de militaires, intervention des services de déminage de la police nationale, robot commandé à distance. Explosion, zone réouverte, on monte dans un taxi. On va chez toi ? demande Kelly. Code de l’immeuble, courrier, ascenseur, la clé dans la serrure. Ouvrir les fenêtres, prendre une douche, je fais venir une masseuse. Le lendemain on file à l’hôpital, le cancer de Jacques, phase terminale, il ne peut plus parler. Écrit d’une main tremblante : je vous aime. Les murs verts des couloirs, l’odeur chaude. Médicaments, désinfectants, antiseptiques. Elle prend mon bras. Dans le taxi : convoi de CRS, flics en rollers, nouveaux radars. La France : public fiévreux, salles de spectacles blindés. Rires. Salons avec sofas, home cinema. Emprunts, familles, génériques et Prosac. Et puis arrêtez de prendre des photos merde ! Je la dépose, repasse la prendre deux heures plus tard. Lèvres rouges, cheveux attachés en chignon, robe imprimée Isabelle Marrant, un nuage d’Issey Miyake. Tu es belle mon amour. Dîner chez Claude et Sophie. C’est elle qui ouvre. Ressemble à Seagourney Weaver dans Alien 3 : cheveux très courts, culotte et tee-shirt kaki. Musique ? Trame de fond atmosphérique, éléments orchestraux. Claude est avide. Bronzé. Action ? Parler. Contemporary culture, new forms, energy experimentation. Sophie monte sur la mezzanine, ouvre une porte, pénètre dans une pièce. Tintement des glaçons dans les verres, image mentale : l’assemblée se presse autour du cadavre. Reculez, reculez entend-on ! Sur un mur, le portrait en pied, à l’échelle 1, d’un cardinal de la sainte Église romaine. Soutane rouge, croix pectorale, anneau. Fond blanc. Tirage cibachrome marouflé sur alu. Claude : c’est l’archevêque de Buenos-Aires, Jorge-Mario Bergoglio. Il aurait pu être Pape, vous savez ? Jésuite, doctrine conservatrice. Dénonce la corruption de la classe politique et la crise des valeurs de la société argentine. Se déplace en métro. Sophie descend, se sert un verre. Robe rose Stella MacCartney. On a réservé chez Benkay, dit-elle. Le japonais du Novotel. Pendant le repas, quelqu’un fait un malaise. Le serveur : un truc lui est sorti du ventre. Samu, civière. Sophie : quel truc ? Une femme me regarde avec insistance. L’homme assis en face d’elle se retourne. Je trempe un tempura dans la sauce brune, ma fiancée pose une main sur ma cuisse, ses doigts se referment, saisissent les quadriceps. Baise-moi dit-elle. On s’est levés, on est allés dans les toilettes. J’étais debout derrière elle, une main sur sa gorge. Vous prendrez un dessert ? Tom aurait un sourire, Condi répondrait oui. Les gardes du corps s’agiteraient, prépareraient la sortie. C’est par où ? C’est par là. Nous allons chez moi. Elle prend un bain, mes doigts frappent les touches du clavier de l’ordinateur Sony VAIO ultra portable : le Poste Central d’Exploitation des données des caméras de vidéo-surveillance comme l’un des objectifs stratégiques prioritaires de toute prise de contrôle. Claude met un DVD dans le lecteur, se sert un verre. La baby-sitter vient de partir. Sophie monte sur la mezzanine, ouvre une porte, pénètre dans une pièce. Là, elle pourrait fracasser son bébé contre un mur. Une fantastique déflagration, le cœur qui te remonte en bouche, tout le panorama. J’ai compté cent quatorze mots, elle est sortie du bain. Forme et beauté. Ice-source efface les manifestations de stress, fatigue, déshydratation. Laisse un teint frais et lumineux. Elle m’a momifié avec un rouleau de PQ, j’ai avalé deux Stilnox, nous nous sommes endormis. Le lendemain matin, immersion dans le virtuel. L’immeuble est sécurisé. Parefeux, antivirus, outils de désinfection, protection contre les chevaux de Troie et bombes logiques. Se connecter au centre des impôts. Je paye le dernier tiers, checke mes mails. Elle fait pipi, m’embrasse, se recouche. Je fais une séance d’abdos, réserve deux places sur un vol pour Venise, passe une partie de la journée à écrire. Elle dort. Regarde la télé. Consulte son Blackberry. Tu as faim ? Non. Ça raconte quoi ton livre ? Je m’allonge près d’elle, j’écoute mon iPod. A la télé : ouragan (Mexique), tremblement de terre (Pérou), les colt 45 plaqués or de Castor Troy (Face/off) parce qu’elle zappe. L’œuvre d’art la plus reproduite dans les journaux et magazines au cours de ces deux derniers mois ? Les cochons tatoués et empaillés de Wim Delvoye. J’écoute Richie Hawtins. Ciel blanc, image mentale : la tour de Pise, inclinaison de 5,5° vers le sud. L’angle comme possibilité, pouvoir de pénétration du projectile. Les armes utilisées par Cho Seung Hui étaient un Glock 19 et un Walther PP2, munitions achetées sur eBay. Rendre hommage aux victimes ? Ta gueule. Mais c’est horrible ! Si tu continues je te plante une fourchette dans la gorge. L’alternative c’est de la fermer. Et puis tu peux toujours te souvenir. La mémoire contre la pensée. Pendant ce temps, les gens sérieux font la guerre. Le condamné récite la chahada, la trappe s’ouvre avant qu’il n’achève son ultime prière. Laissez-le pendre au bout de sa corde. Quelqu’un a du stilnox ? Ça sent l’eau de javel. Jihad mondial, strychnine et lexomil. Phrase longue ? Les premières photos de Tom Cruise en officier nazi diffusées le jour du soixante-troisième anniversaire de la tentative d’assassinat d’Adolf Hitler par le compte Claus von Stauffenberg. Quand elle sort de la douche, je fais des balles contre un mur. Tu as réservé quelque part ? Charles dans une junior suite de l’hôtel Grand Hyatt. Il dort, la joue gauche écrasée. Elle me montre un ensemble corset de samouraï et pantalon noirs Yohji Yamamoto. J’ai envie de mettre ça, tu aimes ? Nos appartements vides ou presque. Ni mémoire ni objets. Nos voix, nos garde-robes, nos pharmacies. Et nos PC. Tu connais une meilleure raison de mourir que pour la conquête des ressources pétrolières ? Non, mais j’en connais une autre : Dieu. Je me sens d’une fébrilité subjective extrême, bientôt je vais désigner des coupables, exclure des membres. Ambiance sonore : les suites de Bach. À la télé, les plus beaux buts de la football champion’s league. Elle veut prendre un avion. Moi aussi. C’est quoi ce sang ? Le mien. Elle me passe une crème hydratante sur le visage. Ses lèvres sont agitées de petites contractions. Le grain de sa peau, la piqûre du scorpion… points de suspension aux enchères chez Christie’s. Marché, collectionneurs, experts. Protocole de surveillance. Traçabilité, authentification. Près de la moitié des cobayes ayant inhalé de l’ocytocine décident de confier leur argent à l’investisseur douteux, tandis qu’1/5 seulement de ceux ayant inhalé un placebo acceptent de le faire. Elle m’embrasse. On y va ? Oui. Taxi. Restaurant Ho. Une dizaine de tables. Des caméras un peu partout. Micros-cravates pour les clients. Le concept ? Fond vert. Tu mets le décor que tu veux, et tu repars avec le DVD. Le serveur : vous avez fait votre choix ? Station orbitale, vue sur la Terre. Manger quelque chose de vivant.

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