avril 22, 2008

Pourquoi Tom Cruise (5)

C’est comme l’infini, c’est toujours la même chose

Nice cock, NO BRA, mange ta pizza, stay hungry for chaos. L’avenir ? Qu’est-ce que ça peut foutre ? Les mots ? T’en fais ce que tu veux. C’est écrit, ça commence. Take care and clic to buy. Godes sur adameteve, sex shop en ligne, anal et vaginal. Jouir ? Toute désignation est métaphorique. Jouir plus ? C’est mieux. Ce jour-là, vêtu d’un sweat-shirt noir à capuche, d’un boxer Dim, je compte les signes du récit. Pourquoi Tom Cruise réduit à la seule instance du chiffrage, le christ mort couché sur son linceul. Ambiance ? Sun O))) sur le iPod. Drone metal, krach boursier. Humeur ? Pressé. Rien ne t’a préparé à ce que tu vas lire ici, proclame l’éditeur d’Andrew Morton en couverture de la bio non autorisée de Tom Cruise. Météo ? Pluie soudaine. Demain, nouveau tatoo. Hier, couru avec le coach. Coups de pieds dans un pao, séries d’abdos. J’ai vu la psy, dîné à l’Avenue, envoyé des textos. En rentrant : passé une heure devant la glace à me coiffer, dix secondes pour l’écrire. Dayton a vidé son chargeur sur Norris, je crachais du sang, j’ai bouffé du stilnox. Le lendemain ? J’écoute des vidéos pornos. Traquer le mot juste ? La liste est longue et belle, les questions insistantes, je me propulse hors du lit. Deux secondes hypermodernes plus tard j’avale trois cents milligrammes de poudre d’huile de poisson riche en oméga 3, dix milligrammes de vitamine E, je voudrais avant tout célébrer cette époque. Oh non, pas de célébration ! Quoi alors, du cul ? Je fais durcir ma queue. Quel espoir d’être sauvé, si ta main ne refait pas ce qu’elle a fait ? Bimbos sur MTV, je regarde autour de moi : murs blancs, portes-fenêtres ouvrant sur le balcon, ciel gris. L’appartement est au dernier étage d’un immeuble haussmannien, sonnerie de la porte d’entrée, prestation de ménage. Je m’habille, je descends boire un café. Street-art, junk-food, fashion, sneakers, lego, vietnamese-food, japan culture. Plaie du Christ au côté, infligée par la lance, peinte par Philippe de Champaigne en 1654. Autrement dit : fait constaté d’atteinte volontaire à l’intégrité physique, on en parle juste après la pub : le meilleur prix, la différence, appel gratuit, Kelly est à Berlin. Talons aiguilles sur le plancher d’un loft situé à proximité de Gendarmenmarkt, Blackberry sur l’oreille. Description de l’espace ? Ooh. Aah. Ooh. Aah. Sous sa jupe, une culotte noire Sonia Rykiel, je reprends un café. Dehors, un type fait rebondir un ballon. Gel fixation extrême, believe in basketball, ce que je vois disparaît. La suite ? Je remonte chez moi, je me pisse dans la gueule. Tu veux une jolie phrase ? Nous parlions, et dans notre désir nous avons à peine effleuré la sagesse d’un battement de cœur. La source ? Saint Augustin. A plat ventre sur le toit d’une tour d’un centre d’entrainement du RAID à Versailles, le lieutenant S. avait un œil rivé au viseur de la lunette télescopique d’un fusil de précision PGM Hecate II. Dayton donnait des coups de pied dans le visage de Norris, le concessionnaire Ducati de Beverly Hills offrait à Tom Cruise une Desmosedici RR (72 500 dollars), la collection de Chloë Sevigny pour Opening Ceremony était présentée chez Colette. Blazers structurés, cardigans dos-nus, bombers, petites robes grunges et florales, lunettes de soleil Cat-Eye produites par Linda Farrow. Toutes les séries, tous les hôtels : Bristol, Plaza, Premium, Urban, Skipper, Waldorf, Byblos, Vincci. Gardes du corps au regard sombre, attachés de presse qui courent dans tous les sens, le joueur devra passer successivement les sept jours d’une semaine infernale. Si vous étiez medium, que prédiriez-vous pour l’avenir ? demande Jordan Crandall à Andy Warhol pour Splash, en 1986. Que le monde est rond. Josh Beechn était photographié par Hedi Slimane pour Vogue, Kelly soutenait Barak Obama, le candidat noir à l’élection présidentielle américaine. Dans les meetings, invitation à croire : BELIEVE ! Messianisme de masse, le sénateur démocrate en rédempteur des blancs. Quelques jours plus tôt, nous étions à Roissy. Tu es belle, tu es riche, je trouve ça fabuleux d’avoir un tel effet sur le monde, lui avais-je dit. Prends soin de toi, avait-elle murmuré. C’était comme dans un livre. Les jeunes bourgeois politisés des centres villes buvaient des Mojitos dans des bars non fumeurs, Michaïl Gorbatchev (soixante-seize ans) était photographié à l’arrière d’une Rolls Royce par Annie Leibovitz pour Louis Vuitton. Légende : « Mur de Berlin. De retour d’une conférence ». Vous voulez des cafés, demande une assistante ? J’ai refermé le magazine. Une alarme de bagnole s’est déclenchée. J’étais à poil, j’avais les pieds dans une paire de brodequins en veau, je faisais le tour de l’appart. Des tirs de roquettes visaient la zone verte à Bagdad, les flics quadrillaient Paris, des drones survolaient la banlieue, je me suis planté devant un miroir, mèches de cheveux dans les yeux, barbe de trois jours, je vais sortir. Katie était en route pour l’aéroport McCarran, Las Vegas. Jet pour Paris, facteur vitesse, cent mille dollars aller-retour. Dans un appartement de la rive gauche, sur le plateau d’une production Marc Dorcel, un étalon aux muscles hypertrophiés, avec une bite énorme, assis sur une serviette de bain Polo Ralph Lauren bleue et jaune, lisait Hernani en attendant la prochaine scène. Point à la ligne ? Tu rêves ! Je prends une douche (dix minutes), Dayton arrache la langue de Norris (vingt secondes), ta mère se gode (une demi-heure), Kelly m’appelle (là je ne compte pas, mais c’est toujours assez rapide). Ce qu’on se dit ? Portrait de l’homme en écrivain, me fais pas rire, tu rentres quand, « puis elle alla s’occuper d’un autre client ». Guillemets à la française pour souligner l’emprunt. Je sors dîner, je mange des huîtres place des Ternes, je reprends un taxi, je m’arrête au Hustler. Des filles s’enroulent sur des barres de métal, des mecs font du business, je bois des doubles bourbon et j’envoie des textos. Je rentre à l’aube. À mon réveil, j’avale une combinaison médicamenteuse faite de paracétamol, antiémétiques (dompéridone), ranitidine, antispasmodique, vitamine C. Je checke mes mails. Dehors il pleut. Et pendant que Dayton décapite Norris avec un couteau de chasse Craig Camerer modèle Riverfront Bowie à 850 dollars, Anonymous lance sa guerre virtuelle contre l’église de scientologie. Au jour J, à l’heure H, des centaines d’ordinateurs envoient une énorme quantité de données vers le site cible. Le serveur ne tient pas la charge, la bande passante est saturée, ça s’appelle un déni de service distribué (Distributed Denial of Service), ça ne fait pas rire Tom Cruise. Dans le jet qui vole vers Paris, Katie Holmes mange des carottes vapeur et du brocoli cru. Assise sur un banc du sauna de l’hôtel Steigenberger, Kelly ferme les yeux, ouvre les jambes. En face d’elle, un homme passionné par sa fente. Un couple de russes échange des propos à voix basse, une femme de très grande taille, la peau luisante, les fesses creusées par la cellulite (lipodystrophie gynoïde cloisonnée par des fibres conjonctives peu extensibles, perpendiculaires au derme), verse une solution d’eau et d’eucalyptus sur les pierres chaudes. Pendant ce temps, à Paris, dans les sous-sols du ministère de l’intérieur, une équipe de spécialistes met au point les procédures de mise en œuvre d’un dispositif de contre-guérilla basé sur les techniques préconisées par le chef d’escadron Talarico, et validé par l’Élysée. On aborde les questions de traitement de l’information, de coordination entre services, Katie s’est assoupie. À ses pieds, un Pink Vanity Case Marc Jacobs contenant analgésiques, somnifères et compléments alimentaires – blister de trente comprimés ventre plat, flacon de 500 ml de boisson drainage, quinze cubes transit, des vitamines, oméga 3 et 6, antioxydants, probiotiques, minéraux, ce qu’il faut absorber, je déjeune avec Victoire. Lecture du Monde en l’attendant. Un milicien recharge sa kalachnikov à Bassora (photo Essam-Al-Sudani/AFP), la question du boycott des JO de Beiijing fait l’objet de nombreux commentaires, Victoire m’embrasse. Elle pose ses deux portables sur la table, se sert un verre d’eau, me dit qu’elle est d’une humeur exécrable. Le monde entier ? Félix, Jeff, Douglas, Thomas, Élisabeth, Catherine. S’abîmer dans le vide ? Sodomie, sexe au lit, sperme, éjaculation, enculé, transsexuel, sucer, travesti, click here to subscribe. Dans une seconde, prose emprunte de fraîcheur. C’est quoi l’histoire ? Quelqu’un me prend pour Tom Cruise, je l’écris, récit prompteur, la voix de Victoire : tu as des nouvelles de Kelly ? Le resto est blindé, bœuf en tartare, viande hachée au couteau. En juillet 2010 j’aurai écrit quatre cent mille signes. Le cœur de l’homme, la bouche avide, haine crue, deux cafés, l’addition, l’agenda, hiérarchie. La première chose que fait Robinson Crusoé en débarquant sur l’île c’est de bâtir un fortin, de le protéger par une palissade double, arrête faut que j’aille pisser. À son arrivée à Paris, Madame Cruise, qui voyage sans sa fille, monte à l’arrière d’une limousine (Black Benz). Convoi de trois véhicules, direction l’hôtel Ritz, place Vendôme. Le lendemain, promenade rue de Seine. Gardes du corps, photographes. Elle porte un pantalon de flanelle grise, un chemisier blanc, un trench noir, une paire de lunettes noires. On la voit chez Robert Vallois, à la galerie Les Yeux Fertiles et chez Agnès Dutko. Elle signe des autographes, regarde fréquemment son téléphone portable, remonte dans la voiture. On la perd. On la retrouve avenue Montaigne, témoignages fascinants, ce que tu prends pour vrai : il est midi, c’est le printemps, l’avion de ligne qui s’écrase sur Saint-Pierre de Rome détruit la Basilique, let’s burn this place, Benoît XVI est blessé, my God will kill your God, c’est le moment de désigner un coupable. À Bassora, des enfants jouent autour d’un véhicule de l’armée irakienne détruit lors des combats (photo Essam-Al-Sudani/AP). Si peu sexuel, dit Matthew ! J’ai envie de toi, écrit Kelly. Tu te sens menacé, demande Philippe ? Visage taillé à la serpe, regard de tueur, cheveux de jais. Je suis chez lui à Montreuil, on boit de la vodka, musique à fond, deux héros, laisse parler. À Londres, le président de la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) arrive devant une maison de briques rouges, ouvre une grille, descend un petit escalier. F1 boss visits a sex dungeon, titre le tabloïd anglais News of the world. Undress ! ordonne une maitresse, you are going to be punished. Orgie sadomaso, tenues de gardiens de camps nazis, ensembles rayés de prisonniers, nombre de coups de fouets comptés en langue allemande. La fête continue ? Un voyage surprenant, il est fréquent que la situation vire au cauchemar. Qu’aimeriez-vous faire que vous n’avez jamais fait ? Oh, aller dans l’espace. Quelle est votre ambition dans la vie ? Devenir un autre. Quelles paroles ultimes aimeriez-vous prononcer au jour de votre mort ? Merci. En rentrant, je me suis arrêté chez Victoire. Appartement à République, grandes baies vitrées, vêtements sur des portants. J’étais assis sur une chaise Bilbao de Qasar Khanh, je feuilletais Numéro, elle me regarde en fumant. Philippe se fait un rail, sort de chez lui, monte dans sa BMW. À la question « considérez-vous le scientologue Tom Cruise comme dangereux ? », quarante-sept pour cent des Allemands consultés par l’institut de sondage TNS Enmid, pour le compte du journal Bild am Sonntag, répondent oui. Victoire portait une robe T House of Holland à 315 euros, une paire de Converse (PRODUCT) RED couvertes de pansements assemblés au laser à 195 euros. Faut que j’arrête de fumer, dit-elle en écrasant sa cigarette. Cette nuit-là, une cellule du ministère de l’intérieur coordonne un exercice pour l’application des mesures dites Talarico : les relais utilisés pour les téléphones portables sont coupés, les communications VHF brouillées. Les forces de l’ordre — équipées de moyens de vision nocturne, de caméras thermiques, de GPS et de systèmes cartographiques pour repérer les personnes situées sur les points hauts, les groupes rebelles mobiles — sont déployées sur zone, des tireurs d’élite prennent place sur les toits des immeubles. Les journalistes — en l’occurrence des flics des RG — sont regroupés à proximité du PC opérationnel, des drones munis de caméras infrarouges survolent le périmètre, Victoire se mouche. Tu veux manger quelque chose, me demande-t-elle ? Ta chatte. Lit de mâche, grosses câpres, pas d’oignons s’il te plaît, je décide de dormir à l’hôtel. À bord d’un biréacteur Global 5 000 doté d’une connectivité Internet haut débit, Katie Holmes checke ses mails. Le jet se pose à Vegas, l’actrice s’engouffre dans une limousine, appelle Tom Cruise. Enrico Taubert, dit Enzo, leur chauffeur sur le tournage de Valkyrie en 2007, vient d’être retrouvé mort à son domicile Berlinois, je monte dans un taxi, j’appelle Kelly. Ça va ? Oui. Au même moment, des milliers d’internautes regardent une vidéo dans laquelle Tom déclare : « Être un scientologue c’est pouvoir regarder quelqu’un, et savoir immédiatement qu’on peut l’aider. » Il est assis, filmé de trois-quarts face. Pendant toute la durée de l’enregistrement (10 minutes), on entend la musique de Mission impossible. Des flashs crépitent, j’allume la télévision d’une junior suite du Novotel Tour Eiffel, je vide le minibar. Quand avez-vous commencé à avoir vraiment peur ? Je passe deux jours chez Kelly, je me branle dans ses culottes, nouveau forfait illimité. Dayton baisse le pantalon de Norris, l’émascule, lance les organes au rottweiler surexcité, attaché dans un coin du hangar. La flamme Olympique traverse Paris, des flics arrachent des drapeaux tibétains des mains de manifestants jetés à terre, ça cogne, ça saigne, ça fait le tour du monde, rien de vertigineux. Je dîne au Fogon avec le Che, au Fouquet’s avec Max, il rentre de Slovénie, deux millions de clients. Le maître d’hôtel s’approche : quelqu’un, à cette table (léger mouvement de tête), pense que vous êtes Tom Cruise. J’ai fini par rentrer chez moi. Vie quotidienne ? Je cours avec le coach, je parle à la psy, et à chaque fois que je chie j’ai la hantise de voir des vers s’agiter dans la merde. Dayton ? Il caresse le rottweiler. Katie s’effondre à la sortie d’un restaurant de Los Angeles (lequel ?), une partie de la somme dépensée par Victoire pour acheter ses Converse est reversée au Global Fund, lutte contre le syndrome d’immunodéficience acquise, destruction par rétrovirus, je regardais la télé en faisant des abdos. L’expression horrifiée des témoins ? Image. Les silhouettes accrochées aux fenêtres ? Image. Les corps qui tombent ? Image. Les pluies de cendres, les nuages de poussière ? Image. Fuir en pressant un mouchoir sur sa bouche, le visage ensanglanté ? Image. L’aspect fantomatique des survivants ? Image. Le type s’agite sur sa chaise, pointe son doigt, l’album se referme avec la déposition des derniers débris dit-il, j’ai pris une douche, j’ai appelé Kelly. Tu dors ? Katie Holmes, soutenue par un garde du corps, semblait désorientée. Victoire, assise sur le rebord de sa baignoire, passait le rasoir sur sa fente en écoutant Tangerine Dream. Qu’est-ce qui te ferait plaisir ? Regarde-moi. Expérience sensorielle ? Chaleur d’un jet d’urine. Sentiment que tu ignores ? La honte. Recours à la destruction ? Bof. Pudeur ? Oui. Un cocktail explosif ? Béta bloquant + anti arythmique. Je suis debout devant un miroir, verre à la main, l’extrémité d’une paille entre les lèvres. L’aspiration désigne l’écoulement d’un fluide vers une zone où la pression est inférieure à l’atmosphère (vide partiel), Dayton lance la tête de Norris contre un mur, la ramasse, recommence (dripping). Le chien aboie, tire sur sa laisse, la nuit tombe. Épuisée, le teint blanchâtre, souffrant de maux de tête et d’étourdissements, Katie avale un somnifère, se couche. Réunis dans un salon de l’aile ouest de la maison de Berverley Hills, Tom et ses avocats étudient les possibilités d’engager une procédure judiciaire contre les promoteurs d’une nouvelle variété de marijuana, commercialisée sous le nom de « Tom Cruise Purple », photo de la star collée sur les sachets, sourire laser, je m’arrachais les ongles des pieds, je me suis évanoui. Max est à bord d’un Boeing 777-200 (Paris Shanghai), Kelly visite une opération de deux mille mètres carrés, déjeune avec l’investisseur, fait du shopping, retrouve Carola au Victoria bar, sur Postdamer Strasse. Résonance descriptive ? Conversations, froissements d’étoffes. C’est un dimanche d’avril, je sors de l’hôtel Costes, j’appelle Air France, je réserve une place dans un vol pour Berlin. Le taxi arrive, je monte dans la voiture. Des touristes lisent des plans, des monospaces s’engouffrent dans des parkings, des caméras de vidéosurveillance enregistrent le passage d’une berline de la compagnie G7 qui remonte le boulevard de la Chapelle, s’engage sur le périphérique, prend l’autoroute A1. Je porte des lunettes noires, j’ai les cheveux dans la gueule, montre-moi ton visage. Lequel ? Trois heures plus tard j’arrive à l’hôtel Mandala, Fredrichstrasse, suite 124. Kelly m’ouvre en tee-shirt, touffe brune. On fait l’amour, je réserve chez Maxwell. Ça doit te faire horriblement mal, non ? Elle est assise sur les toilettes, deux feuilles de papier dans une main, regarde les moitiés d’ongles sur mes orteils. Max est en Chine (1,3 milliard de clients), le Che à Mexico, Sarah dans le comté de Lincoln, Nevada. Je n’ai pas de nouvelles de Charles, Claude et Sophie s’engueulent, Florence s’est inscrite sur Meetic. Le lendemain, j’achète des fringues. Le temps qu’il fait ? Météo, variations sur le thème. Je retrouve Kelly dans un espace à vocation industrielle, réception sous verrière, volume et lumière. Elle prend des photos, appelle un architecte, referme l’organiseur. Tu trouves ça comment, me demande-t-elle ? Mon ceinturon autour de sa gorge, sa culotte dans la bouche. Le soir : sauna massages, nous dînons dans la chambre. Nuit douce, à peine troublée par des douleurs dans les gencives, Kelly parle dans son sommeil. Je rentre à Paris, elle prend un avion pour Prague. À bord d’un pick-up conduit par Jim Klass, un ufologue de Las Vegas, Sarah filme les abords de la Zone 51, aire géographique de 155 kilomètres carrés, base militaire secrète. Je suis avec Chris, on est chez moi. Bande-son atonale, je suis le seul à l’entendre. Les rythmes brutaux me disent quand courir, les sons tranchants me préviennent quand baisser la tête, embrasser Kelly, prendre un stilnox, appeler un taxi. Tu veux savoir ce que je vais faire de ces images, me demande Chris ? Léger accent anglais, caméra sur l’épaule. Non, dis-je, les doigts sur le clavier du PC. Douceur des touches, battements du curseur (témoin noir vertical clignotant), apparition des caractères. C’est impeccable, rien qui dépasse, la suite. Chris est sur le palier, prend l’ascenseur. Dayton verse un bidon d’essence sur le corps de Norris, craque une allumette, met le feu, se rhabille (manteau noir Gucci, costume YSL), détache le rottweiller, sort du hangar, prend ses clés (signal de désactivation d’alarme), monte dans sa caisse. Si c’était au cinéma, il y aurait un plan sur son regard, dans le rétroviseur. La magie de l’artiste ? Trou du cul, blonde, queue, enculé, lesbienne, chatte, sucer. L’humanité d’un être ? Anal, sodomie, blonde, fortement, trou béant. Rien de plus sérieux ? Projet métis, éthique, durable, monde juste et solidaire, j’habite la zone euro. Bonnes sensations, nouveau capitalisme, tous les écrans. Il est minuit, une fille se baigne. Glissandos de harpe (nage souple et harmonieuse), atmosphère de conte de fée, présence du violoncelle associé au requin. Le rythme s’accélère, la caméra s’approche, le son de l’enclume (première apparition dans l’orchestre) déclenche le mouvement et le drame, le requin mord. Le lendemain, on trouve un bras sur le rivage. Dormir ? J’appelle Florence. Solitaire, agressive, séductrice, exhibitionniste, autoritaire. Une heure plus tard je suis chez elle, couché sur la moquette, momifié avec du film alimentaire, plusieurs couches, du solide. Tu veux savoir ? Bobsleigh, patins tranchants, projections de glace, exubérance irrationnelle, mécanique du krach, tous les modèles s’accordent ça va mal finir, un bruit d’enfer, je rentre à l’aube. Autorité de l’appartement. Pourquoi Tom Cruise sur l’écran du PC. Fébrilité, vertiges, quelques phrases disparaissent, I’m about to lose control, j’avale un somnifère. J’écris ça au réveil, je descends boire un café. Lecture de la presse, bulle spéculative. Jugeant que les importations anglo-américaines dans notre lexique deviennent massives, les autorités gouvernementales complètent le dispositif de régulation de la langue, just let me cry. Je reprends un café. Dehors, un type fait rebondir un ballon. Gel fixation extrême, believe in basketball, ce que je vois disparaît. Retour à l’ordre ? Just porn, no bullshit. C’est quoi le plan ? J’avale des œufs brouillés. Couché sur son linceul, baigné de lumière grise, le Christ est mort. Plaies vives, le sang ruisselle, ça se passe au Louvre.
À quelques kilomètres de là, dans une galerie du Marais, trente Diamants Mandarins volettent, se posent sur des Gibson fixées sur des trépieds (à l’horizontale), branchées sur des amplis, pièce musicale de Céleste Boursier-Mougenot, oiing, clinngg, boiinnng, apparition de trois onomatopées. Les pattes s’accrochent aux cordes, les becs rouges (mâles) et orangés (femelles) les pincent, arrachent des sons, pause. Suri Cruise, qui est dans les bras de sa nurse, regarde son gâteau d’anniversaire (cinq mille dollars), une pièce montée confectionnée par un artisan pâtissier de Los Angeles, ornée de papillons et de vingt-quatre petits gâteaux originaux. Tom souffle les deux bougies, Katie applaudit, ainsi que quelques témoins privilégiés dont Victoria et David Beckham, venus en voisins. Puissance du dispositif. Tension, réalité perceptuelle, positition prescriptive. Le récit mais vite, et en Prada c’est mieux. L’événement déployé, un million de signes, l’addition s’il vous plaît. Effort considérable pour me lever, traverser l’avenue, passer devant la loge des gardiens, prendre l’ascenseur, mettre la clé dans la serrure, ouvrir la porte. Sur le plasma, le témoignage d’un rescapé, 1,65 m de diagonale, full HD, technologie V-Real Pro 2, système SRS TruSurround XT intégré. Le visage de l’homme exprime un appel fervent, une sorte de supplication. J’ai eu beaucoup de chance dit-il, voix sourde, il faisait noir, je zappe, éblouissement. Cube de lumière, côte pacifique. C’était l’année dernière. J’étais sur la terrasse d’une maison d’architecte. Paire de jumelles, aileron de requin à cent mètres, ronds dans l’eau. Kelly dormait, nous venions de faire l’amour, je me sers un verre. Vodka glacée, citron vert, je vais sur le balcon. Convoi de cars de CRS, hurlement des sirènes, lycéens dans la rue, l’éveil d’une conscience politique. Katie considère Victoria comme une sorte de modèle, dit Kristine Metz à Ron Kaye, rédacteur en chef du Los Angeles Daily News. Même coupe de cheveux, même régime draconien. Elle ne mange que des trucs à base d’algues, raisin gelé ou haricots, neuf cents calories/jour, oh my god, si tu voyais comme elle est maigre ! Ron, qui répond au téléphone, fait un clin d’œil à Kristine. Ils déjeunent chez Mori Sushi, West Pico Boulevard, une étoile au Michelin, il commence à pleuvoir. Je rentre, playlist, il me faut du sévère, Helikopter, Stockhausen, j’écoute à fond, mouvements d’hélices, la voix d’un récitant : ein, zwei, drei… Martèlement comptable, rythmique injonctive, lames acérées, ça monte en puissance, cisèlement de l’air, je décolle putain, je décolle ! Obsession, répression, partition. Celle de Richard Serra se joue au Grand Palais. Cinq plaques d’acier (17 mètres de haut, 4 mètres de large, 13 centimètres d’épaisseur) sont en route pour Paris, convoi exceptionnel, le sculpteur les dressera sous la nef, vodka citron, je vais boire la bouteille, me déchirer la gueule jusqu’à ce que Kelly rentre, c’est dans l’insécurité que se vit, de manière croissante, le présent, ah ah ah, les Mandarins volettent, se posent sur le corps du Christ, de la peinture, de tout ce que tu voudras, arrachent des lambeaux de chair, je me branle, debout devant un miroir, le jean sur les chevilles, photographie ma queue avec mon téléphone, MMS à Kelly. Encore, me répond-elle. Ne pas jouir, rester dur, à peine prier, tout allumer, multifenêtrage, cacophonie. Pendant que je danse avec le diable (Absolute beginning), Nicolas Sarkozy arrive sur le tarmac de l’aéroport d’Orly, les ex-otages sont toujours dans l’avion, on va voir des gros plans j’espère, commente un journaliste de la télévision, c’est ça le direct, c’est ça la chaîne info, on attend la passerelle, raconte-moi une histoire. Au large de l’île d’Amity, il est toujours minuit. Les instruments à cordes soulignent les mouvements de la jeune fille qui se débat, l’enclume illustre les morsures du requin qui la tire vers le fond. Plan de coupe, son copain étendu sur la plage, trop saoul pour entendre les cris. Derniers mouvements, elle disparaît. Come again ? Rumeurs de séparation entre Tom et Katie, retour de Kelly prévu pour demain à 20 heures. Assis sur le lit d’une chambre du motel Little A’Le’Inn, à Rachel Nevada, Sarah et Jim visionnent les rushes de la journée. Au-delà des limites du périmètre restreint, l’usage de force pouvant entraîner la mort est permis, peut-on lire sur des panneaux plantés sur Groom Lake Road, à l’extrémité nord de la zone 51. Florence approche l’embout d’un aspirateur allumé de sa chatte, Charles se sent attiré par la philosophie bouddhiste, Sophie et Claude se penchent sur le berceau du bébé (yeux grands ouverts, bras qui s’agitent), Max est entre les mains de Hua, masseuse. Libération de l’homme ? Beauté, blonde, nichons, fumer, seins, pose, Victoire. Que fait-elle ? Lecture de l’agenda. Florence pousse un cri, je reçois un texto de Kelly : tu ne veux plus être Condi Rice ? Les idées de lieu, de temps, d’identité finissent par voler en éclat, DEVENEZ TOM CRUISE, Dayton s’est un peu radouci.

janvier 28, 2008

Pourquoi Tom Cruise (4)

C’est comme l’infini, c’est toujours la même chose

Berlin va me manquer, déclare Tom Cruise avant de monter dans son jet. Les flashs crépitent. Dans le cockpit, check-list prévol. À Moscou, Alexandre Pitchouchkine, reconnu coupable de quarante-huit meurtres, est condamné à la prison à vie. Poussée des réacteurs, le Bangladesh à la télé. Cyclone, dix mille morts, Closer sur le iPod. Je ne suis pas sourd, dit Pitchouchkine au juge qui s’inquiète de savoir si le tueur à l’échiquier a bien entendu la sentence. Une case, un mort. Surface plane, système de coordonnées cartésiennes. Autour du jeu, comme un bombardement : les accélérateurs de parano, univers clos et conventions. Qui parle ? Chien tatoué, femme de cœur, contemporain, Attila, tectonique, verres teintés, ventres plats. N’importe quels mots ? De préférence. Je feuilletais Jalouse, assis sur le Steiner. Amy Winehouse portait un T-shirt en coton et dentelle D & G, un foulard Hermès, un jean PPQ et une ceinture vintage. Talons de Kelly sur le plancher. Are you not coming to Paris, dit-elle au téléphone, or have you been and gone ? Elle passe sa main dans mes cheveux, raccroche, nous allons sous la douche. J’ai mal dans les gencives. Peignoirs, Stilnox et paracétamol. DVD Kill Bill II. Black Mamba arrachait l’oeil d’Elle Driver, je me suis endormi. Le lendemain, état d’urgence, ligue des Champions. Kelly en tee-shirt Pop pour GAP, pantalon de jogging Adidas vintage. Sarah à bord d’un airbus A321 propulsé par les moteurs V2500 du consortium multinational IAE (International Aero Engine). À Washington, dans les couloirs du Capitole, Desiree Anita Ali-Fairooz, les mains peintes en rouge, se précipitait sur Condoleezza Rice. De retour dans sa propriété de Beverly hills, Tom Cruise enfourchait sa Vyrus 985 C3 4V, fabriquée sur mesure et baptisée Infinity. Sur le guidon, l’inscription C.O.B. (Chief On Board). C’était une belle journée. Les gardes du corps suivaient dans une Cadillac Escalade EXT, soixante-cinq mille dollars chez Martin Automotive Group. L’avenir je m’en fous, disait Florence à sa nouvelle voyante. Vous réveillerez-vous si je vous parle ? murmure Michel Gauthier (MG) à l’oreille d’une actrice interprétant une œuvre de l’artiste Tino Sehgal (This objective of that object), allongée sur le sol d’une salle du Kunsthaus à Bregenz, en Autriche. Tom arrivait sur Sunset Strip. Elsa, le drone du ministère de l’intérieur (engin léger de surveillance aérienne, un mètre de large, soixante centimètres de long, rayon d’action de deux kilomètres), survolait Saint-Denis en France. Kelly était au téléphone, je suis allé sur YouTube. Pendaison de Saddam : prière, insultes, la trappe s’ouvre, vacarme de métal, corps happé par le vide. Je l’ai regardée vingt fois, je me suis mis à écrire. À Malibu, les HBE (hélicoptères bombardiers d’eau) faisaient le plein dans les piscines, villas de stars en flammes, principe actif et rotations. Vous avez le sang de millions d’Irakiens sur vos mains, avait crié Ali-Fairooz avant d’être expulsée par la police. Charles sortait du Via Bus Stop (28-14 Sarugakucho, Shibuya-ku), des paquets à la main. Je tue pour me sentir vivant, avait déclaré Pitchouchkine. Victimes noyées dans les égouts, défenestrées, frappées à coups de marteau. Ali-Fairooz risquait jusqu’à dix ans de prison. Quand Black Mamba lance un liquide au visage d’Elle driver, la tueuse borgne essuie le bandeau recouvrant l’orbite énucléée, avant de frotter son œil valide. Sonnerie de la porte d’entrée, sushis et soupes miso. Kelly me masse les cervicales. Elle fait du thé, je prends un bain. Je l’entends parler au téléphone. Étrange difficulté : se supprimer de l’œuvre. La vigueur du récit, le robinet d’eau chaude. L’auteur trempe, souverain, et pense au personnage de Katie Holmes : née le 18 décembre 1978 à Toledo, Ohio (Etats-Unis). Taille 1,72m, poids 54kg. Signe astrologique sagittaire. A franchi la ligne d’arrivée du marathon de New York — édition 2007 — en cinq heures vingt-neuf minutes et cinquante-huit secondes. Tom et leur fille Suri l’encourageaient aux abords du parcours, plus de cent millions de téléspectateurs suivaient la course, Kelly s’assoit sur le rebord de la baignoire, lave mes cheveux. L’eau se croise, se joint, s’écarte, se rencontre, se rompt, se précipite. Serviette éponge, je sors de la baignoire. Un baiser sur ses lèvres. L’instant d’après : bain de bouche, contrôle. Mes gencives tuméfiées. À Milan, Georges Clooney pousse la porte d’une boutique Nespresso. Il se fait un café. Deux jeunes femmes sont assises derrière lui. Sombre dit l’une. Très intense dit l’autre. Sensuel, équilibré, profond, avec un corps puissant dit la première. Subtil et agréable dit la seconde. Georges s’approche, son café à la main : vous parlez de Nespresso, n’est-ce pas ? Tu as faim, demande Kelly ? Elle commande des sushis, soupes miso. Ce mardi quatre décembre à dix heures du matin, George Bush, le regard triste et accablé, entre dans la salle de presse de la Maison-Blanche : « Good morning. » Une injonction ? Lis-moi. L’origine du monde ? Mythe, fable, virus, archétype, conte, métaphore de rupture. L’agent de la parole sort de sa veste des notes intitulées éléments de langage, les pose sur le pupitre, j’écris Pourquoi Tom Cruise. Marques de vêtements et porno chic. La prudence du serpent, le mythe individuel du névrosé. Vous avez joui d’une enfance extrêmement paisible, des parents travailleurs et aimants, aucun divorce, pas d’ennemis proches, votre expérience de la vie à cette époque est celle d’une douce existence ordonnée, à l’avenir prévisible. La suite ? Explosion de violence. Cocktails molotov, flash ball, jets de pierres, charges de CRS. On sort manger des huîtres. En rentrant, illuminations de noël sur les Champs-Élysées, plus de quatre cent quinze arbres parés de cristaux émaillés et de flashs dynamiques. Au total, un million de points lumineux, diodes basse consommation, facture énergétique réduite de soixante-dix pour cent. Tu pars quand, je demande à Kelly ? Demain. En rentrant, une boutique Nespresso. On entend la musique composée par Benjamin Raffaelli et Frédéric Doll. Georges Clooney saisit une capsule d’Arabica gold, l’introduit dans une machine équipée d’un thermoblock et d’une pompe haute pression de 19 bars. Plan plongé sur la tasse, une goutte rebondit dans la mousse. Une femme s’approche (la sœur de Katie Holmes) : excusez-moi, je suis désolée, est-ce que je peux… L’acteur se retourne : bien sûr ! Fouille sa veste. Désolé, je crois que je n’ai pas de stylo. La fille, surprise : je veux juste un Nespresso. Clooney : « What else ? » Storrytelling. Marketing narratif, capitalisme émotionnel. Pourquoi Tom Cruise : des personnages dont on ne devine jamais la motivation (deep meaning), voitures incendiées en banlieue. Guérilla urbaine, usage d’armes à feu contre les forces de l’ordre. Le RAID, la presse mondiale mobilisés. Ballet d’hélicoptères, faisceaux des projecteurs. Un texto de Sarah : tu me fais lire ton roman ? Je me gave de Kiwis, je joue à Postal 2 sur le PC. Procédés du réel, rigueur monomaniaque des compositions. Die, motherfucker, DIE ! Echiquier à trois dimensions. Progression en milieu urbain, verrouillage des cibles, introduction d’un rat surexcité dans le rectum d’un ennemi. Un dernier Kiwi, une série d’abdos. Etourdissement, voile noir piqué d’étoiles, constellation du sujet : non, Tom Cruise n’est pas gay, déclare le détective Paul Barresi au magazine InTouch, après plusieurs mois d’enquête. Tout ce que j’ai trouvé, tout ce que j’ai entendu prouve (c’est moi qui souligne) qu’il est hétérosexuel. Ne jamais lever l’option du doute. Cloner l’acteur. Armée de Cruises (licence poétique), prolifération luxuriante des symptômes. Le sujet postmoderne dans son apothéose, je deviens identique à moi-même. Assomption de mon propre rôle. Kelly comme l’objet d’une passion plus ou moins idéalisée, poursuivie de façon plus ou moins fantasmatique. Naissance du mythe : le poids d’un corps au bout de sa corde. Voilà ce dont je me souviens avec une relative précision, pourrais-je écrire en préambule à l’événement : le passage de trois hélicoptères de type EC 145. Au sol, trente et un mille caméras de vidéosurveillance (publiques et privées), près de cinq mille membres des forces de l’ordre déployés dans les rues. Je checke mes mails. Une photo de Charles, torse nu dans sa chambre d’hôtel, une fleur violette tatouée sur la poitrine. Sophie et Claude nous invitent à une fête, je prends Kelly dans mes bras. Ça va ? Oui. Tu veux venir avec moi ? Une autre fois. Le lendemain à dix heures, le vol Paris Milan AF9804 décolle de Roissy. Kelly, assise à la place 21B, feuillette Air France magazine. L’avion prend de l’altitude, j’écris toute la journée. Le soir j’appelle un taxi. Paris VIIe, hôtel particulier. Une girafe empaillée au pied d’un escalier. Max arrive, voix rauque et lunettes noires. M’embrasse, m’entraîne vers l’ascenseur. Dernier étage, pièce sombre. Coussins à motifs léopard sur canapés baroques, nous dînons au Sensing. Tu ne te laves pas les mains ? Si. On y va tous les deux, Kelly m’appelle. Une fois que j’ai raccroché : Kelly t’embrasse. Elle va bien ? Oui. La salle du restaurant. Écran plat sur le mur, imagerie cellulaire, poivrade et foie gras. Gravité ténébreuse de l’homme à la table voisine, exubérance de sa compagne. Max a remis ses lunettes. Cafés en émulsion (la meilleure qualité dans la tasse), taxis. Le grand silence. Le lendemain c’est le treize décembre. Je déjeune place du Palais Royal, au bar de l’hôtel du Louvre. En sortant : sirènes deux tons des motards qui ouvrent la route à une cinquantaine de berlines encadrant la limousine blanche de Mouammar Khadafi. Le convoi s’engage avenue de l’Opéra. Un peu partout : inélégance, détestation de soi, névrose. Hypertension artérielle avec symptomatologie en rapport, phase dépressive aigue. Le pays sous Xanax, je suis assis sur le Steiner. Le PC devant moi, la symphonie numéro 1 de Felix Mendelssohn sur le iPod, feu romantique, emportement, couleur et précision rythmique. Éric me filme. La capuche de mon sweet Calvin Klein est relevée sur ma tête. Tu trouves que je ressemble à Tom Cruise ? Non pourquoi ? Il s’approche, les yeux sur l’écran LCD de la Sony Handycam HDR-HC1. Diode rouge, témoin de l’enregistrement. Mon visage impassible. Un peu plus tard, j’ai dormi sous un ange. À mon réveil, doigts dans la bouche, pas grand-chose à vomir. La nuit tombe. Je bois de l’eau minérale, j’envoie des textos, je regarde LCI. Scène de nuit en banlieue parisienne : véhicule contrôlé par les flics, le conducteur les mains sur le capot. Éclairs des flashs, lumière des caméscopes. Le contrechamp ? Cent reporters agglutinés, encule-moi dans la viande. Moment de la décomposition, régime de l’émotion. Max à Hongkong, le Che à Mexico et Kelly à Milan. Elle est allongée sur son lit, se tord de douleur, mains sur son ventre. Sa mère fait des longueurs dans la piscine, je me lave les mains à l’eau de javel. Quelque chose se produit qui serait de l’ordre du schuss, descente vertigineuse, libération à l’arrivée. J’ai loué une Porsche, je suis parti à Amsterdam. Roulé quatre heures. Hôtel Dylan, maison de ville du XVIIe située sur le canal Keizersgracht, décor intérieur dessiné par Anouska Hempel, ma chambre aménagée feng-shui. J’ai pris un bain, allumé le PC. Pourquoi Tom Cruise sur l’écran LCD. Texte justifié, longueur des lignes seize centimètres, police Arial corps douze, niveaux d’annulation illimités. Quelles émissions aimez-vous en particulier : fictions ? Documentaires ? Soap opera ? Reality show ? Talk show ? Météo ? Sport ? News magazines ? Jeux ? Oh j’aime tout ça ! Vous aimez les gâteaux au chocolat ? Je les aime. Et les marrons glacés ? Je les aime aussi. Vous êtes superstitieux ? Beaucoup. La nuit venue, j’appelle Kelly. Je regarde des photos de papa dit-elle, et toi ? Jeu vidéo sur le PC, je pisse sur une victime, me sers d’un chat comme silencieux. Eclats du bracelet métallique de ma montre Omega Seamaster. Je porte une chemise blanche et un boxer Dim up. Déguisement ? Celui que les Dieux prennent pour descendre parmi les mortels, briser la tête d’un ennemi à coups de batte de baseball. Projection de cervelle, éclats d’os. Vous aimez marcher dans les rues ? Ça me fait peur. Nouveau contact, fusil à pompe. Je suis resté deux jours enfermé dans la chambre. Que prenez-vous au petit-déjeuner ? Une tasse de thé. Rien d’autre ? Des vitamines. Vous buvez votre thé avec du citron ou du lait ? Ni l’un ni l’autre. Assis sur un banc du parc de Ueno à Tokyo, Charles fixait le soleil. Andrew Morton, auteur d’une biographie non autorisée de Tom Cruise, était menacé de mort. Chez Christian Louboutin, au 9040 Burton Way, Beverley Hills, Katie Holmes achetait ses cadeaux de Noël. Des employés prenaient les empreintes des pieds de la petite Suri (dix-huit mois), pour la confection d’une paire de chaussures. J’ai visité le Stedelijk Museum, je suis rentré à Paris. Making of ? La Porsche est une Carrera 997 2S, louée chez Just4Vip. Le détecteur de radars est de type BTST (Beat The Speed Trap). L’ordinateur sur lequel j’écris est un VAIO TX2XP ultraportable de marque Sony. C’est l’entreprise Colette Gargaud qui assure les prestations de ménage et de repassage. J’ai fait graver Tom Cruise sur mon dernier iPod, modèle Classic noir, boîtier cent pour cent métal. Le plan Vigipirate est au niveau rouge, la température extérieure proche de zéro degré Celsius. Bonus ? Plus Saddam meurt et plus j’écris. Vous aimez empiler des oranges ? Oh oui, comment le savez-vous ? Sur le plasma : les visages de jeunes officiers enthousiastes. Quelle heure est-il ? Quinze heures. Quel temps fait-il ? Pluvieux. Bashung sur le iPod, les hivers glissent sur des esquisses c’est beau à tomber, mouvements de mon corps, pieds nus sur le parquet, mon reflet dans le miroir au-dessus de la cheminée. Plus la personne t’est proche plus c’est agréable de la tuer, déclare Alexandre Pitchouchkine, qui revendique une soixantaine de meurtres. Je descends boire un café, j’ai mal dans les gencives. Souvenir des urgences : l’interne avait fixé l’écarte-joues. Sourire gore, film de genre, toujours rêvé d’être un vampire. Les éclats de verre dans le plateau en inox. Dans le taxi, Bono chantait Miracle Drug (I want to trip inside your head). C’était un jour inachevé. Ce soir-là, nous avons regardé Kill Bill II. Dans sa chambre de l’hôtel Bungalow 8, à Londres, Sarah se fait couler un bain. Au palais de l’Elysée, à Paris, le chef d’escadron Talarico, de l’armée française, présente des techniques de contre-guérilla à des conseillers silencieux, attentifs. En remontant chez moi, je m’évanouis dans l’ascenseur. Le temps, l’amour, la lumière et la nuit. Lors de la cinquante-neuvième édition des Bambi Awards, Tom Cruise avait reçu le prix Courage pour sa volonté de prendre des risques professionnels. J’aime le taquiner en portant des minijupes et des dessous sexy, déclare Katie Holmes en marge de la cérémonie. Il me dit (elle parle fort pour couvrir le brouhaha de la foule) : tu es ravissante, j’espère que tu es entourée de gardes du corps ! Il est toujours très excité. J’adore quand il est dans cet état ! Allongé sur le sol de la cabine de l’ascenseur, je suis au cœur de ma problématique : revenir à moi. Monsieur ! Monsieur, vous réveillerez-vous si je vous parle ? L’homme porte des lunettes de vue à monture écaille. Vous êtes sûr que ça va aller ? Je prends une douche habillé. À la télévision : camps de réfugiés et mouvements de foules. Un sac Vuitton, une paire d’escarpins rouges, des militants altermondialistes détruisant des parcelles de cultures OGM, trois cents Fucking Machines collectionnées par un allemand, entreposées dans un hangar de la banlieue de Munich. Je bois un verre d’eau, regarde du cul sur le PC, vous entrez sur un site pour adultes : hardeur king size, créatif, jeune, motivé, performant. Autrement dit, foncièrement indispensable à la société. Saint Augustin, il y a mille six cents ans : « Révoltez-vous. » Nature de la révolte ? Je me mets à trembler, j’écris neuf cent onze signes (cent trente-huit mots), ça me prend deux heures. La suite ? Matelas XXL, Stilnox (2 comprimés). Dernière image : un gâteau à la crème, dessin en glaçage rose, cristaux de sucre argenté. Là, noter que je dors sur le dos. Le lendemain matin : petit-déjeuner à l’hôtel Costes, lecture attentive des textos envoyés ces trois dernières semaines. À onze heures, je me fais couper les cheveux chez Massato. À treize, je retrouve Max au bar du Raphaël, il passe son temps au téléphone et, entre deux appels, me propose de l’accompagner à Shanghai. Je monte sur la terrasse, envoie un texto à Kelly : je t’aime. Vent froid, touristes au sommet de l’Arc de Triomphe. Constat : de simples actions — aller voter, rendre un livre à la bibliothèque, déposer un chèque à la banque, passer une commande au restaurant, visiter un monument historique — se finissent en bain de sang. Un jeu adulte, une mégalomanie délirante, ligne blanche sur la route, ne pas la quitter des yeux. Quand je descends, Max est parti. À quinze heures, je monte dans un taxi. Barrage de police quai des Tuileries, contrôle d’identité et fouille des véhicules. Le flic me demande d’enlever mes lunettes. Son regard va de mon visage à la photo sur le passeport. Quand j’arrive chez Florence, elle me demande de lui raser la tête. Tondeuse Babyliss, Hard-Fi sur le iPod, trois millimètres de cheveux blonds. Tu aimes ? Trop cool. Je la photographie, regarde l’heure. La magie du récit ? Kelly rentre demain, ou l’art de raconter des histoires. Il était une fois : titre de la dernière production Disney, hommage parodique aux dessins animés de l’oncle Walt. Argument ? Royaume magique, princesse poussée dans un puits par une méchante sorcière. Conséquence ? Irruption remarquée dans le réel, au cœur de Manhattan. Le contexte ? Prince charmant, personnages maléfiques, avocat spécialiste en divorces, amour de conte de fées. Les rôles sont clairement définis, le public est le même. Être vrai : bien peu le peuvent, et ceux qui le peuvent sont bien loin de le vouloir. Florence, après mon départ : peignoir ouvert, une main sur son crâne, sa jambe plâtrée en appui sur un tabouret Tam Tam blanc, mate des queues sur le net. Sa part obscure, la seule façon de fixer son regard. Je bois un verre au Baron. Malgré sa fortune qui s’élève à deux cent cinquante millions de dollars, Tom Cruise porte des jeans et des chaussettes trouées. Je n’ai pas d’ordinateur portable, ni de iPhone ou d’adresse mail, révèle la star. Je veux juste être en bonne santé, aimer mes enfants et faire des films, double vodka, deux pailles, j’ai du feu dans la bouche, Condi Rice se réveille en sursaut. Le lendemain j’appelle ma psy, prends rendez-vous. L’agenda ? Traces tangibles. Kelly est dans l’avion. Au moment où le signal lumineux fasten Seat Belt s’éteint, elle se lève, va faire pipi. A Rome : naissance du Christ, bénédiction de Benoît XVI, la place Saint-Pierre inondée de soleil. Un noël sous le signe de la paix, le bruit des armes, le thème du développement durable : utilisation égoïste des ressources (j’adore la graphie du tréma), dégradation de l’environnement. Allongé entre les rails de la voie de chemin de fer reliant Paris à Evreux, face contre terre, Philippe attend le passage du train, caméra vidéo face à lui, fixée à une traverse. Sarah se branle. Sophie et Claude s’engueulent, j’envoie des textos, je demande à tous s’ils préfèrent la joie de la vérité ou la joie du mensonge. Quelle est votre profession ? Je suis sans profession. Est-ce que votre physique influe sur ce que vous faites ? Oui. De quelle façon ? Il arrive qu’on me prenne pour Tom Cruise. Qui vous prend pour Tom Cruise ? Des gens. Beaucoup de gens ? Non. Quand cela a-t-il commencé ? Il y a six ou sept mois. Comment cela s’est-il passé ? Quelqu’un m’a appelé sur mon portable, m’a demandé si j’étais Tom Cruise. Qu’avez-vous répondu ? J’ai dit non. Vous avez cherché à savoir qui appelait ? Non. Ça se passe toujours au téléphone ? Non. Vous êtes Tom Cruise ? Non. Vous en êtes sûr ? Oui. Pensez-vous lui ressembler ? Non. Vous arrive-t-il de vous prendre pour lui ? Non. Signez-vous des autographes ? Oui. Est-ce que la société vous doit quelque chose ? Non. Devez-vous quelque chose à la société ? Non. Aimez-vous écrire ? Je ne comprends pas la question. Pouvez-vous définir le genre de votre roman ? Il s’agit d’un récit. Êtes-vous content de faire ce que vous faites ? Je ne comprends pas la question. Êtes-vous humain ? Oui. Pourquoi répondez-vous ce que vous répondez ? Parce que c’est la vérité. Une heure plus tard je vais chercher Kelly. Quand j’arrive à Roissy, le déminage fait exploser une valise. Je bois un café, lis la presse. Éléments du programme ? Une commission pour la libération de la croissance, des accélérateurs de transactions. Surenchère répressive, sécuritaire, morale. Règne du commentaire, exhibition des sentiments. Rires obscènes, crises de larmes. Le premier qui me parle de VALEURS je vomis sa gueule. Mesdames et messieurs, avez-vous apprécié ce spectacle de viol et de bondage ? Jeu de la garde à vue : coups de lames, paintball, pistolets électriques. Quand je dis que j’en ai rien à foutre de « l’unité », du « style », il faut me croire. Tom Cruise ? Cette histoire le propulse au premier plan de la scène littéraire. Kelly ? Fatale, invisible et désordonnée. Je la prends dans mes bras. Tu as fait bon voyage ? Le taxi est une Ford Focus S-Max de couleur grise, on va chez elle. Elle fait pipi, et elle me gifle. C’est comme de passer de zéro à cent kilomètres heures en quatre secondes. Une autre gifle, un coup-de-poing dans la bouche. Elle me lacère la gueule avec ses ongles, reprend son souffle. Ça va ? Oui. Un revers, je sens sa bague me déchirer, presque aussitôt la paume de sa main droite s’écrase sur ma tempe, je suis sonné, mal dans la tête. Elle me regarde, haletante, « les cheveux en bataille, du rouge aux joues », j’ai lu mille fois ces deux derniers syntagmes. Le poignet vibre, les lignes dansent, les corps s’inventent, une lueur s’annonce… tu vois le genre. Au moment où Kelly va me frapper, je lance mes doigts sur son larynx, j’agrippe le cartilage. Étreinte. Tremblements. Sa voix rauque : tu me fais mal. Goût du sang, langues mêlées. Elle crache sur mon gland, me suce, on fait l’amour, la position du missionnaire. On prend une douche, elle me soigne, il aura fallu attendre le XXIe siècle pour explorer ces fonds, l’eau noire des profondeurs, nuit opaque des récifs, coraux et colonies d’éponges, poissons-clowns, bancs de carangues dentues, saillies rocheuses, mollusques hermaphrodites, étoiles et anémones bleu vif, concombres jaunes. Le soir nous sommes dans un taxi. Je suis en jean, chemise blanche, veste Dior, manteau Dolce & Gabbana. Kelly porte une robe noire Monoprix, un blouson de cuir et une paire de Converses. D’une sophistication urbaine intense (le retour de Milan) à un style plus décontracté, elle pose sa tête sur mon épaule. De quoi as-tu peur, me demande-t-elle ? Nous passons les derniers jours de l’année 2007 à regarder des DVD dans son appartement, ne sortons que la nuit. Le soir du 31, nous sommes au Royal Monceau. Piscine, sauna, massages, snacks dans la suite, une bouteille de vodka, on se déchire la tête. Le 3, fête chez Claude et Sophie — fumée, musique, alcool, un iguane, des substances, l’archevêque sur le mur, Eric caméra on, Judy raide défoncée, John timide, Marie exubérante, Laurence pendue au cou de Kelly, Françoise sinistre. Le 4, Philippe m’invite à voir sa vidéo sur Dailymotion. Le 8, Nicolas Sarkozy (NS) prononce quarante-six fois le mot civilisation. Message de foi et d’espérance (je cite), une grande ambition pour la France, une nouvelle Renaissance. Le 9, Georges Bush arrive en Israël. Air Force One se pose à l’aéroport Ben Gourion avec deux avions Galaxie, quatre hélicoptères et un transport de troupes. Après la cérémonie d’accueil, un convoi de vingt limousines blindées se dirige vers Jérusalem. L’autoroute est coupée, plus de dix mille policiers sont mobilisés pour l’opération « ciel ouvert », nom de code de la visite. Cinq cents agents américains attendent le président à l’hôtel King David. À peine descendu de voiture, il s’engouffre dans un couloir protégé, monte dans sa chambre. Le 10, Kelly conclut la vente d’un loft de trois cents mètres carrés situé à Milan, dans le quartier de Brera. Le 11, deux F-16 décollent de la base de Edwards, Californie. Quoi ? Vous n’allez pas abattre un avion de ligne ! Vous avez une autre option ? Tir de missiles, applaudissements. La voix : je crée ma propre réalité, et tandis que vous étudiez cette réalité j’agis encore, créant de nouvelles réalités que vous étudiez aussi. Kelly met du rouge sur ses ongles, sa mère l’appelle. À Londres, un culturisre vêtu d’un pantalon de cuir rose et d’une paire de rangers attaque un cube de béton au marteau-piqueur. Sarah patauge dans un pédiluve rempli de peinture noire, marche sur la toile blanche recouvrant le sol d’une galerie d’art contemporain, vide de toute œuvre d’art. Should we clean this place up ? (devons-nous nettoyer ce monde ?) demande Tom Cruise à une foule enthousiaste. Oui ! hurlent les scientologues surexcités. La star se tient derrière un pupitre, sur fond de planisphère, « son célèbre sourire accroché à ses lèvres ». Kelly et moi fumons sur le balcon. Temps doux, soleil blanc, sirènes de CRS, cris stridents de millions de rats sous terre. Au cours du dîner avec les membres du gouvernement Israélien, Condi Rice fait passer un message à Georges Bush, qui ne cesse de parler, et dans lequel elle lui suggère de se taire. Le président, de bonne humeur, lit la requête à voix haute. Condi trouve ça très amusant. Adduction de ses cuisses, mouvements nerveux d’un escarpin. Qu’allons-nous faire ? demande Kelly. Établir la liste des lieux. Avions, taxis, chambres d’hôtels, appartements, restos, visites de lofts. Est-ce que tu crois au diable ? Oui. Est-ce que tu crois à la fin du monde ? Oui. Est-ce que tu m’aimes ? Oui. Froissements d’étoffes, déchiffrement des signes, sac plastique sur la tête. L’idée d’ordre s’effondre, miettes et chaos, écran tactile, Dieu dans les doigts. Une demi-heure avant d’écrire ces lignes, j’ai une princesse au bout de la queue. Suspension provisoire de l’incrédulité, Kelly dans sa beauté. Depuis son appartement de Casablanca, Maroc, Fatiha Mejjatin, surnommée la veuve noire d’Al-Qaïda, s’insurge contre la politique de la France dans le monde arabe, évoque des risques sérieux d’attentats. Ses propos bénéficient d’une très belle couverture médiatique, Kelly s’est assoupie, je réponds au téléphone. « Allô, vous êtes Tom Cruise ? »

octobre 29, 2007

Pourquoi Tom Cruise (3)

C’est comme l’infini, c’est toujours la même chose

J’ai arraché son string, elle m’a lacéré le visage. Les services secrets allemands ont arrêté trois membres d’une cellule de l’Union du Jihad international (UDI) et j’ai mordu ses lèvres. J’avais activé la fonction auto zapping du téléviseur, baiser au sang, recherche aléatoire, de cinq à vingt secondes par chaîne. Le sol vibrait. C’était une nuit d’été, j’ai pissé dans sa bouche. Les terroristes s’étaient procuré sept cent trente kilos de produits chimiques, soit l’équivalent de cinq cent cinquante kilos de TNT. Dans la ville de Sansepolcro en Toscane, les soldats de La Résurrection dormaient au pied du Saint Sépulcre. J’avais écrit cinquante mille signes. Condi s’achetait des chaussures chez Ferragamo sur Madison avenue, Florence s’était cassé la jambe. À Francfort, des hommes transportaient d’importantes quantités de peroxyde d’hydrogène. Katie Holmes et Suri passaient la journée à Paris, visite privée du Louvre, déjeuner à l’Avenue, shopping avenue Montaigne, jet à Orly et retour à Berlin. J’étais sur le balcon, elle s’était endormie. Déclenchement d’une sirène piézoélectrique de 116 dB, dispositif de protection d’un véhicule, vidéo sur YouTube, exécution de Saddam Hussein : bourreaux encagoulés, la trappe s’ouvre, qu’il reste pendu huit minutes. Condi sort de chez Ferragamo, je lance l’application Word, fichier Pourquoi Tom Cruise. Le lendemain je nage une heure, sauna, elle m’appelle, ne vient pas à Venise. Je passais mes journées au Lido. Dînais au Harry’s bar et rentrais à l’hôtel. J’allumais le PC. Join the erotic word of Andrew Blake, Room 420, Elena & Bianca. Je restais éveillé. Le peroxyde d’hydrogène (H2O2) mais aussi l’acétone et l’acide chlorhydrique étaient utilisés pour la fabrication de bombes artisanales. Que l’éternel nous accorde la paix. Loris Gréaud, qui réalisait ses premières nano sculptures, avait déclaré, en référence au livre de Lewis Caroll, Alice in Wonderland : this story could reflect my whole project : no end, no resolution, no scale. Le Christ Rédempteur de la fresque de Piero della Francesca, pâle et barbu, le flanc percé, étendard de croisé dans une main, un pied sur le tombeau, réglait les questions de fin, de résolution, d’échelle. The must important thing you can do is just to be there, m’a dit la voix. J’étais dans une chambre de l’hôtel Manin, ouverture fichier Word, recherche virus en cours. Pourquoi Tom Cruise est ce que j’écris. Texte armé. Voir ma merde devenait un supplice. Le mot vulve est obscène, couper Venise, la perfection du geste, des choses soudaines : semtex, formex, C4, nitro, chlorate de soude. La suite ? Mes doigts sur le clavier, je sais qu’elle tremble au fond de son lit, parle dans son sommeil. Charles suçait une queue. La même. Florence met du rouge sur ses ongles, aucune fièvre, les yeux ouverts, un mur de briques dans le désert. Si je n’écrivais pas je construirais des tours. Tapei 101 (cinq cent huit mètres), Guangzhou Twin Towers (cinq cent quatorze), Freedom Tower (cinq cent quarante et un), Burj Dubai (sept cent cinq). Poids de l’édifice, pression du vent sur la structure – deux cents kilos par mètre carré –, oscillations, vertige, je vais tomber, rose poussière. Coller Venise. Je suis allé sur le balcon. Premiers vaporetti. Je fumais des cigarettes. Loris : this is a show where believing is more important than seeing. Alice in Wonderland : have you get the riddle yet ? On va faire un sondage : assécher les canaux, remuer la vase, ne pas oublier son masque – élastiques en polyisoprène, barrette nasale en aluminium, média filtrant en polypropylène, onze euros et quatre-vingt-dix centimes chez Leroy Merlin. C’est carnaval ? Yep. Odeurs nauséabondes ? Yap. Le programme ? Carrosse traîné par mille chevaux, projections de boue, de merde, t’as intérêt à porter des lunettes, oculaires en polycarbonate. Le soir, spectacle pyrotechnique. Je m’endors dans la lumière. Des hommes fabriquent des bombes dans des appartements. Dispositions opérationnelles, mettre en avant le nécessaire et le général. Verser, agiter, un mélange homogène, dégagement de fumées, maintenir au frais, laisser agir quarante-huit heures. Filtrer la solution. Le peroxyde d’acétone explose à partir de 50 °C. Il se décompose en méthane qui brûle violemment à son tour, boule de feu, origine. Peinture. Un lien fondamental. Quelque chose d’agité. Arnauld Pierre, sur Antonio Asis : pouvoir énergétique et dynamogénique de la couleur, bouffées d’énergie irradiante. Le pigment + la distance parcourue = le théâtre du vide opérant, plongeon de Klein photographié par Harry Shunk, l’artiste en vol, les bras ouverts, des preuves tangibles. Je suis vivant. Les bruits du grand canal, activité, une tasse de thé, elle m’envoie un texto : bonne journée mon amour. Que se passera-t-il si je lui donne un nom ? Il était dix heures dix, je pensais en français. Langue romane. Je suis rentré à Paris. Désarmement des toboggans, vérification de la porte opposée. Je vomis contre l’aérogare, et je prends un taxi. Là, on trouverait profit à écouter le Prélude à L’après-midi d’un Faune de Claude Debussy, sommet de la musique française. Mon voisin dans l’avion : my friends all died in a plane crash. Le soir, vernissage en présence de l’artiste. Tu restes dîner ? Non. Rendez-vous chez Florence. Espère la victoire de l’amour, du beau. L’instant d’après, résiste. Tu veux boire quelque chose ? Je suis à la fenêtre. Musique du film Edward aux mains d’argent, connaissance du schéma narratif. Ce qu’il faut à cette ville ? Des architectes. J’en ai ras le cul d’être allongée, dit Florence. La couleur de ses cheveux est déterminée par le gêne MCIR qui régule la phéomélanine (blond-roux). Je passe la main sur son plâtre. Ça te fait mal ? Non. Je donne un coup sur la jambe. Et là ? Dans les montagnes du Colorado, une Buick couleur crème avale les kilomètres. Tom Cruise est au volant, sa main caresse la cuisse de Katie Holmes. Suri est harnachée au siège arrière, à côté de la photographe Annie Leibovitz. Dans les haut-parleurs, James Blunt chante : you’re beautiful, it’s true. Tom se tourne vers Katie : it’s true, baby. Je regarde Florence : tu veux bien me faire les ongles ? L’histoire se déroule sur fond de comptabilité, d’inceste. Comportements névrotiques, hystériques. Brutalité, inélégance. Tension extrême, percées agressives, l’événement idéalisé, pris pour vrai. Nous sommes au cœur de la zone sécurisée. Grilles d’acier, blocs de béton, forces de l’ordre. Trois hélicos dans le ciel. Mener une action radicale ? Rentrer, écrire jusqu’au matin. La suite ? Prendre un stilnox, baisser les stores, fermer les yeux. Convoquer ça : le Lido de Venise, les murazzi, l’ombre des pergolas. Images qui sauvent. A mon réveil, Vendredi enculait Robinson. Le coach sportif a sonné, j’avais la tête dans les genoux, je suis allé chez ma psy. J’ai dîné chez Li Lam, ça bougeait dans l’assiette. Elle était dans l’avion, écoutait son iPod. S’est levée. Toilettes tampon vagin. Poussez avec le doigt. En sortant croise un homme, moustache blonde, chemise bleue froissée. L’Airbus A321 amorçait sa descente, mon pouce actionnait le bouton-poussoir d’un stylo à bille rétractable portant l’inscription Father & Son. Je buvais du thé, prenais des notes. Les troubles du syndrome prémenstruel (SPM) débutent deux à dix jours avant les règles, j’ai regardé l’heure, dessiné un cercle, la pluie tombait, le feu et l’eau, portion de plan limitée par une circonférence, apparition du flux sanguin, j’ai décidé de l’appeler Kelly. Le vol AF2015 en provenance de Milan s’est posé à Roissy, elle a pris un taxi, Mercedes Classic noire, chauffeur blanc. M’appelle : je viens d’arriver. Me dit qu’elle rentre, crevée, dormir, j’ai dessiné un second cercle. Le lendemain : jour de gloire, tyrannie, qu’un sang impur, vague de bonheur, elle est venue à l’appart, j’étais couché, s’est glissée sous la couette, je t’aime c’est radical, une première pour Kelly. Me lèche les pieds. Me tète les gros orteils, va faire pipi, revient, le fil blanc du tampon, se jette sur moi, me couvre de baisers. Jean Nouvel, Christian de Porzamparc, Massimiliano Fuksas, Rem Koolhas, Jacques Herzog, Thom Mayne déjeunent à l’Élysée. Elle regarde Casino. J’ai levé le store, c’est une chambre au soleil, qu’importe qui dit je, on verra ça plus tard, elle va s’appeler Kelly, Ellen, Elisabeth, Anna, Cécile, elle se caresse, j’ai mis les pieds au mur, en appui sur les mains, elle est au bord du lit, les pieds sur le parquet, deux doigts tendus, nos abdos contractés, souffles courts, mon corps blanc, lisse, bras gauche zébré de noir. Elle jouit, serre les cuisses, mes pieds au sol, 180 degrés. Les lois de l’attraction, elle s’arrache un orgasme. Nous prenons un taxi. Roissy, le vol Paris Berlin LH4219, décollage, turbulences. En sortant des toilettes, face à moi : une moustache blonde, une chemise bleue froissée. Tu as déjà vu ce type, je demande à Kelly ? Non. Le Boeing 737-300 se pose, dernier virage, hôtel Radisson SAS, aquarium cylindrique, vingt-cinq mètres de haut, un million de litres d’eau, deux mille cinq cents poissons. Nous montons, chambre claire, lit blanc, deux fauteuils rouges, téléachat sur l’écran LCD. Elle est sur le balcon. Vue sur la cathédrale, l’ancienne maison du peuple. J’allume le PC, checke mes mails, ouvre le fichier Pourquoi Tom Cruise, relis ce nom : Kelly. À Barcelone, l’éducatrice absorbe une dose létale de pentobarbital de sodium, perd connaissance, meurt trente minutes plus tard. Je descends nager. Quand je remonte elle dort, j’écris, réserve une table au Noodle Kitchen, l’Irak sur CNN, Mona Lisa sur ZDF, football sur ARD. Kelly me regarde, sourit, coups de crosses sur un type menotté, torse nu, le visage recouvert d’une cagoule. J’appelle le room service, la peau éclate, une bouteille de champagne. Je passe ma langue sur mes canines, elle écoute ses messages. Origine ? Sphère intime. Monde plein. Repéré. Ça va mon cœur ? Nous deux – graphie inclinée vers la droite, « lettres vénitiennes » inventées en 1501 par l’artiste Francesco Raibolini en réponse à la demande d’un imprimeur voulant reproduire l’écriture manuscrite cursive –, penchés sur le vide. Elle s’est mise à genoux, je m’enfonce dans ses fesses, retour au plein, répétition, des bulles, légère ivresse, dîner, quelques pas sur les bords de la Spree, l’ordre vibre, une ombre, l’eau noire, silhouette furtive. Il se passe quelque chose, demande Kelly ? Oui. Chef-d’œuvre paranoïaque, points de passage, zone couverte par un satellite militaire de télédétection de type KH, trou de serrure, orbite basse, nous arrivons devant un mur d’enceintes, cent cinquante décibels : l’ouverture de La Pie voleuse de Rossini, orchestre philharmonique. Retour à l’hôtel, les poissons dans la bulle, l’ascenseur. Une voix qui sort d’un mini haut-parleur : vous avez été reconnus coupables, et condamnés. On attend la suite. Elle fait un doigt, les portes s’ouvrent. Long couloir, flash Kubrick, Shining, les sœurs jumelles, soirée comique. Ici manque un flot de sang qui se déverse (John tu me fais un ralenti ok ? Compris Stan !), chambre 732, carte magnétique, fébrilité. N’allume pas s’il te plaît. Elle fait pipi. Masse sombre du Berliner Dome, structure néo-baroque. Reportage sur Arte, portraits de soldats américains morts en Irak (crayon sur papier), vidéo d’un garçon jouant au football avec une tête de mort au pied d’un immeuble éventré, dans les ruines d’un quartier ravagé par les bombes. Impacts de balles, misère formelle. Nous sommes couchés, j’ai la tête sur un bloc de semtex, Kelly s’est blottie contre moi. Je zappe. Halo de lumière agitée, suites bleues, des anges. Il y eut un bruit sourd, elle a fermé ses yeux. Explosion d’un lapin vert fluo, c’est rouge à l’intérieur. Le semtex est composé de pentrite, d’hexogène, de caoutchouc et d’huile de paraffine. Sa couleur est orange clair, il sent la gomme, je lâche la télécommande. Écrire ? Un corps tonique, une alimentation légère, la garde-robe, se répéter. Je soulève le drap, je mets le nez dans sa fente, pure bombe, je la bouffe, elle crie. Me pompe. On boit le minibar, on mélange nos salives. Sur le mur : Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, Mahmoud Ahmadinejad, Vladimir Poutine. Kelly fait une drôle de grimace. Je l’étrangle. Tu me fais mal ! TU ME FAIS MAL !!! La première chose que je vois en me réveillant c’est un pick-up Nissan, puis un Humvee, puis une bouche qui se pose sur la mienne. Haleine chargée, seins durs, se jette sur sa brosse à dents. On bouge ? Ascenseur muet, quatre plongeurs dans l’aquarium. Visite de lofts toute la journée, elle prend des dizaines de photos, retour à Paris, le coach, la psy, la première trace, l’instant zéro. Kelly était repartie à Londres, négociation et transaction. Tom Cruise, convaincu du retour de Xenu – dictateur extraterrestre, maître de la confédération galactique –, se faisait construire un bunker anti-aliens sous sa propriété de Telluride (Collorado). Charles se perdait dans Shibuya. Le magazine Elle sortait un numéro SPECIAL SEXE [« ce qui nous rend FEMMES, ce qui les rend FOUS »], Boris Bergmann faisait la Une de Tecknikart [« j’adore écouter le bruit du talon de mes boots sur le marbre blanc de mon hall d’entrée »], Rodolphe Marconi sortait son Lagerfeld Confidentiel, des images « au plus près », la créature à l’arrière d’une limousine, dans le hub d’un aéroport, sur le gazon d’un héliport. Los Angeles, Monaco, Paris, Pékin, lieux géostratégiques du marché du luxe, rythme effréné, je me suis évanoui. Ma tête a heurté le plancher. À mon réveil, Sophie se gode avec un cône goût fraise, Claude bouffe la glace qui ressort du vagin, le bébé dort. Florence se fait une ligne de C, veut arracher son plâtre, appelle un taxi, c’est occupé, regarde l’heure, je vais être en retard. Les cendres de l’éducatrice sont dispersées au large de Barcelone, Sarah se fait refaire le nez : rhinoplastie par voie externe avec correction de la déviation de la cloison nasale, correction de la bosse nasale par remodelage osseux et cartilagineux. La secrétaire d’État Condoleezza Rice préside une rencontre avec ses homologues russe, chinois, britannique, français, allemand. La question Iranienne. Indicateurs, cartes thématiques, fiches régionales, chronologie des événements, annuaire statistique mondial des données essentielles, l’outil de référence pour comprendre le monde. Croissance économique, politique de défense, industrie de l’armement, terrorisme et criminalité, espaces en recomposition, tensions, diplomatie. Guerre. Je regarde LCI : un sarcophage pour Tchernobyl, enceinte de confinement, contrôle de l’anus et développement durable, la planète attitude, réchauffement, fonte des neiges. Le thon en voie d’extinction. La semaine de la mode. Je sors, les trottoirs puent la merde, traces d’urine, je déjeune avec Victoire. S’habille éthique, mange bio. C’est incroyable ce que tu ressembles à Tom Cruise ! Ah oui ? Le soir, vernissage de Dérive, jeune scène française, prix du meilleur artiste, douze prétendants, quelques amis, je ne fais que passer, un texto de Kelly : je lèche ton gland. Réponse : je t’aime. En rentrant je m’arrête à l’Oxe, respire de l’O2 vingt minutes, canules sous les narines, Richie Hawtins dans les oreilles. Quand j’arrive à l’appart je checke mes mails, lance le fichier Pourquoi Tom Cruise, fais des abdos devant la télé, une heure de vélo, je prends une douche, j’appelle Kelly, elle est sur répondeur, je mets Casino, Sam “Ace” Rothstein en costume de soie rose, je suis assis dans le canapé blanc demi-lune Steiner (collection Mandala, cinq mille euros boulevard Raspail), le PC devant moi, mes doigts sur le clavier. Oublier que j’écris. Tête vide. Manque un garde du corps, une peinture de Steven Parrino, un catalogue de La Redoute, je veux boire tes paroles, on va faire des achats, une richesse thématique insensée, sex-toy, talkie-walkie VX-800 special police, iPod-touch, sceaux de peinture noire, fleurs blanches, papier toilette, serviettes hygiéniques, déodorant, chaussettes, appareil photo, j’aime tout, tes seins, ton rire, ta touffe, ton cul ta raie tes trous, le cœur qui bat dans ta poitrine. I love the 80s, Scarface and E.T. and Return of the Jedi, David Bowie and Eddy Grant and Nenna, Michael Jackson and Mike Oldfield, poubelles de stars, paparazzi, effacer mon tatoo. Tu as faim, demande la voix ? Rupture. Contenu illicite, message de l’organisation : vous êtes sous surveillance. J’adore. Le cerveau privé d’oxygène, à l’œuvre, enslave me. Je sors manger des huîtres. Inspirer, expirer, soulager les tensions. Le serpent a des anneaux Gucci, deux piercings à la langue, claque ses thunes dans la dope, se repose au Vietnam, pension complète sur le Mékong, un bateau quatre étoiles. Douze Fines de Claire et six Belons. Condi avance sur la glace d’une patinoire du centre sportif central de l’armée, à Moscou. De jeunes aspirants l’applaudissent, lui offrent un bouquet de fleurs, figure centrale, je n’ai toujours pas de nom. Quand Kelly est rentrée, elle m’a giflé. Tu te sens mieux ? Ça commence à aller. On fait quoi ? On se pisse sur la gueule. Une idée formidable ! Elle a appelé Sarah, je suis allé sur le balcon. CRS, GPS, SDF. Deux tentes igloo sur le parking, au milieu de l’avenue. Un chien aboie. Camion-citerne, jet haute pression. Le ciel ? Blanc. Kelly ? Talons hauts, tailleur gris. J’ai oublié le chargeur à Londres, dit-elle en me montrant son téléphone. On passe la journée au lit, des baisers sous les draps, des trucs à la télé, je réserve au Sensing. Le soir, je relis Pourquoi Tom Cruise en buvant du Perrier, elle fait une demi-heure de vélo. On écoute Chloé, The Waiting Room, bad trip, dark-techno, basses rugueuses, Kill the DJ, les fantômes du passé, ça vibre, fusion des genres, rock pysché, douche. Kelly en robe noire Untited Bamboo. Je porte un costume Tom Ford, une chemise blanche, des chaussures Jean-Baptiste Rautureau, une paire de lunettes Gucci à verres dégradés bleus. Clic du bracelet métallique de ma montre Omega Seamaster, elle parle au téléphone. Nous prenons l’ascenseur, léger étourdissement, les portes s’ouvrent, on attend le taxi dix minutes. Nuit douce. Merco noire. Je prends sa main, tueurs nés, carrefour Vavin. Tu as mis une culotte ? Envie de bouffer sa chatte, la langue qui fouille, Madame Monsieur, une table en angle, bouteille de San Pellegrino. Charles m’envoie une photo. Nous passons la commande (mahi-mahi), regardons l’image : une chambre d’hôtel, le reflet de Charles dans un miroir, des tons violets, du jaune cru dans un angle. Il a écrit “l’origine du soleil” . Nous mangeons en silence, moment de pure beauté. J’aimerais revoir Sarah, dit-elle en posant ses couverts. Café. Taxi. Un verre au Mathis bar. Une star de la télévision, des post-humains qui boivent des mojitos (havana club et seven up), velours chauds, le sol brûle sous nos pieds, Kelly fume des Dunhill, mes doigts dans ses cheveux, un cheval rouge au bout de la rue, cabré. Celui qui le monte, il lui est donné de bannir la paix de la terre, dispositif de mise à feu, détonateurs barométriques. Un argument d’autorité. Une guerre sans nom. Ou dans l’attente d’une signature : revendications, enquêtes, la police scientifique, les recoupements, restes du Kamikaze et mode opératoire : attribuer l’attentat. Tel jour, telle heure, à tel endroit, X s’est fait péter la gueule, au nom de telle organisation. Bilan humain, conséquences, décisions politiques. Je vais te dire mon amour, si nous étions des Dieux, le visible, l’invisible, tout serait immédiat. On va chez moi, dit-elle ? Nuit Kitano, on se finit sur Hana-bi, je recopie l’alphabet. Ecriture à contrainte : dès la seconde série, une lettre disparaît. Je commence par le Z, puis le Y, ainsi de suite. Rangées, colonnes. À la fin, il ne reste qu’un A. Puis rien. Le jour se lève, elle fait du thé. Demeurez en éveil. C’est le sens de La Résurrection. Sauf que je suis fatigué. Deux êtres enlacés, gorgés de sang et d’eau. Le lendemain je respirais de l’eau de javel, elle jouait avec son Crystal Plug, double attentat suicide à Karachi, cent trente-huit morts, plus de cinq cents blessés, la cible est sauve, je suis allé nager, passé la journée à écrire, flux sanguin, sang rouge vif, je vais compter les morts, deux mille mots, trente kilos d’explosifs, je m’arrache une molaire, le vol du papillon, des billes d’acier, grammaire. Un trou dans la gencive. Un jeu télévisé. Suivi de l’ordre blanc : deux cents congélateurs, de type bahuts, disposés en carré, sur le sol en béton d’un hall d’exposition. Deux mètres entre chaque appareil. Un son quand on les ouvre. Le même. Puissant. Monte avec la lumière, gainée de froid. Sur la gauche, une immense baie vitrée. Ils sont tous vides ? Je dois pouvoir vérifier, faire un rapport, Philippe est avec moi, il va m’aider, de la méthode, ouvrir, pointer, jusqu’au dernier congélateur. Message à l’organisation : tout se passe comme prévu. En sortant, nous entendîmes le vrombissement des pales d’un hélicoptère. C’était un passé simple. Je portais une black jacket and shirt DIOR HOMME, un jean Energie déchiré aux genoux, des boots Prada, je marchais dans l’appart, le PC allumé, Pourquoi Tom Cruise. Kelly m’appelle. Bruits sourds des corps qui s’écrasent au pied des Twins Towers, il serait temps, va chier ta mère, un hôpital des amputés, elle a éclaté de rire, parle-moi de l’éducatrice, le cocktail du bien-être, dans le texte et pour l’éternité. Cent mètres carrés + l’amour = vite tu te fais chier. C’est aussi simple. Champ d’investigation ? Les limites du jardin. Elle est assise sur la moquette, culotte grise, je peux me représenter à peu près tout, je veux dire mentalement, sauf mon propre visage. Vous êtes Tom Cruise, demande la voix ? Condi fait demi-tour, sort de la patinoire, bouquet de fleurs à la main. Kelly met du rouge sur ses ongles, le téléphone coincé contre l’épaule, boules de Geisha Smartball noir et argent sur la petite table blanche. On se voit ce soir ? Une pub à la télé : route de montagne boisée, virages avec torrents. Rupture visuelle, rythmique, syntaxique, sémantique, dialogique. Je sens trop bon. Je me roule une pelle me mets la langue me bouffe la queue, virus et antidote, je hais le sexe, some war stories, Gunner Palace, un film choc, la vie de quatre cents soldats américains, palais d’Uday Hussein, Kelly se branle, ma putain de playlist, je me jouis dans la gueule, un doigt dans le cul, j’aime l’odeur de ma peau, rédempteur de mes couilles, comme tu t’arraches un œil, dormez. En 2030, l’Île-de-France comptera treize millions d’habitants, des opposants se jettent contre les grilles, lances à eaux, lacrymos. Ce monde. Touffe brune. Les petits Cruise adeptes de la scientologie, Tom à Paris le vingt-cinq octobre. Faire du fric. Défonce-moi. Écrire ? Tendance. Je tiens le rythme. T’arrives à suivre ? L’autonomie de l’A321. Sa masse maxi au décollage, sa vitesse de croisière. Je t’aime, Kelly. La musique du Mépris, reprise par Scorcese dans Casino. Joe Pesci au volant de sa voiture. Un nuage de poussière. Des trous dans le désert, corps désarticulés, pelletées de sable, disparition. Urgence. Réfugiés climatiques. Le sud de la Californie reste la proie des flammes, villas de stars, des millions de fans, sécurité, le tapis rouge, cequejeveu Cunvisage pas1nom, j’appelle la société de nettoyage, EXIT, gang bang. Un procédé unique, cent pour cent naturel. La crise du cinéma ? Une jeune chinoise prise dans le tourbillon de ses sentiments, du sexe et des événements de la place Tiananmen. Je n’ai rien arrêté. Bulldozer. Je meurs comme Jésus-Christ. More streams here, japan bondage TV. Extension de mes droits, actrice fistée par une bouteille. Je veux ramper. Thaïlandaise bouffe le cul, dieu.com sépare la lumière d’avec les ténèbres, appelle la lumière jour. Go word, safe word, fouilles corporelles, française des jeux : de cinq heures à minuit, deux chances toutes les cinq minutes. Les morts n’ont plus de vie privée, je fais des balles, rebonds sur le plancher, bonne qualité de frappe, vingt-cinq octobre. Le feutre des Dunlop. Le claquement des talons de mes boots. Trajectoires claires, aucun effet, à peine une résistance à l’air. À partir de 1972, des commissions ministérielles de terminologie et de néologie sont constituées. Elles s’emploient à indiquer, parfois même à créer les termes français qu’il convient d’employer, lesquels s’imposent à l’administration. On ne dit plus tie-break mais jeu décisif. Vingt balles au sol, raquette le long de ma jambe, main gauche. Mur blanc. Finir mes gestes. Mes doigts refermés sur le manche. Paume infiniment chaude. Portable en charge, PC en veille, Nadal sur le plasma, finale Roland Garros 2007, jeu Federer. Ce qui peut faire la différence ? Je ne rampe pas dans les phrases. Des balles trempées dans la couleur. Impacts. Disques noirs. Taux de réussite, applaudissements. Des cris dans le public, l’arbitre demande le silence, je demeure immobile, captation 3D, je passe au crible du scanner, je suis sculpté par la machine, statuaire, une finition à la Veilhan, sa signature, exposition, je suis à vendre, tête indéterminée, ventre plat, muscles fins ; écris Pourquoi Tom Cruise ; déteste marcher dans Paris surtout quand je suis seul, merci de m’accompagner, le mieux c’est de prendre un taxi. Des restaurants pour me nourrir, des morts pour me distraire. Caissons de basses pour vibrer, rythmes nus, hypnotiques, abîme électronique. De sang froid. Ce qu’il montrait du doigt, c’est une empreinte de pied tachée de sang. Maintenant, demande-toi ce qui peut pousser un type à se faire exploser, et avec lui deux cents personnes. Un autre à vider son chargeur sur une foule. J’ai bougé. Marché entre les balles. Regardé l’heure. Tom appelle Victoria, lui demande des billets pour le prochain concert des Spice Girls. Condi évoque l’option d’un bombardement de l’Iran. Les aéroports parisiens sont bloqués par les grèves. Ordre des signes. Je prends une douche, brosse mes dents. Nuage d’Aqua di Gio. Le même jean déchiré, une chemise propre, pendentif tête de mort. La veste DIOR, un manteau en cachemire D&G, une paire de mocassins Rautureau. Je prends des Stilnox, les écouteurs de mon portable. Taxi en double file, Sarah dans la lumière. Elle a coupé ses cheveux. Mèches blondes, hématomes sur le nez. Je monte dans la voiture. Kelly, belle comme une princesse, un sourire sur ses lèvres. Dans leurs ventres, cavités utérines. Le chauffeur écoutait France Info. Vous voulez bien éteindre, j’ai demandé ? Nous sommes allés dîner. Hôtel Costes. Il fut question de chirurgie plastique. Puis de sexe, c’est-à-dire de nous. Situation morale, aucun crime véritable, les héros attablés, nous buvions des cocktails, j’ai mordu dans mon verre.

août 28, 2007

Pourquoi Tom Cruise (2)

C’est comme l’infini, c’est toujours la même chose

Le coach sportif est parti en vacances. Al Gore organisait un concert planétaire pour la lutte contre le réchauffement climatique et Madonna chantait Hey You (stop and think before we sink). C’était la fin des années Bush. On était à New York, Miami, Berlin, Londres et Lisbonne. Amsterdam et Madrid. Elle portait des robes noires Jill Sander, des strings Showgirls. Je mangeais des huîtres, bulots, calmars, elle me demandait de pisser sur son visage. L’expérience historique ? Une certaine élasticité. Je continuais à m’évanouir. En décembre 2005, Cho Seung-Hui avait été hospitalisé dans un établissement psychiatrique, en raison de tendances suicidaires. François et Sophie passaient leurs vacances dans la jungle de Bornéo, paradis de l’écotourisme. Philippe faisait le Burkina en mob, Tony Blair démissionnait, Lily Thay se faisait renverser par une bagnole sur Grand Avenue, Los Angeles. À Barcelone, l’éducatrice me massacrait. Le sub space est la stupeur causée par les endorphines, analgésique naturel produit par le corps soumis à la douleur. Dans le texte envoyé à NBC, Cho exprimait son admiration pour les auteurs de la tuerie du lycée Columbine (1999). Le président de la République française s’appelait Nicolas Sarkozy. Charles sortait de l’Impact, bar gay, naturiste, espace sexe au sous-sol, gel et capotes à volonté. Il est venu à l’appart. Cheveux bruns bouclés, lunettes D & G, une croix en or sur la poitrine. On a bu des Perrier. À la télé, le culte de Staline, images colorisées. Où est-ce qu’on dîne ? Au Sensing rue Bréa. Saint-Jacques en émulsion, cafés. Elle m’envoie un texto : je t’aime. Stéphane Mifsud venait de battre le record du monde d’apnée statique. Combien de temps me faut-il pour écrire cent mille signes ? Charles : je suis agoraphobe. Moi aussi. L’addition. Il a de très belles mains. Tu veux bien m’étrangler ? Les premières photos de Tom Cruise en officier nazi circulaient sur le net. Respirer de l’eau de javel. Dormir au Shangri-La hôtel, Hong Kong, et se gaver de mangues. Embrasser Charles, monter dans un taxi. Je vais chez elle. Lit rond, murs roses, deux rails de néons blancs. À son poignet, un bracelet Voluptueuse : nylon bleu et diamants. Un baiser sur ses lèvres. Un peu d’ocytocine mon amour ? Elle me prend dans ses bras. L’ocytocine est un nanopeptide formé au niveau des noyaux supra optiques et paraventriculaires de l’hypothalamus, transporté puis stocké par la posthypophyse qui le libère dans la circulation sanguine. Autrement dit : hormone de l’attachement et du besoin. Elle passe sa main sous ma chemise. Un téton supplicié. Je regarde l’écran plasma. À Sao Paulo, un Airbus A320 rate son atterrissage, percute un hangar. Explosion, deux cents morts, fortes pluies. Texto de Charles : Dieu vit à Tokyo. Elle mange des feuilles de salade. La couleur de ses cheveux est déterminée par le gêne MCIR qui régule l’eumélanine, pigment brun noir. Tu as du stilnox ? Non. Elle enlève sa culotte. Ouvre les jambes. Tenter le fist. Une main d’écrivain. Les ongles de l’individu qui pénètre doivent être coupés courts, ses doigts protégés par des gants à usage médical. Gel à base d’eau ? Indispensable. Désactivez le filtre adulte. Je la fouille, elle regarde, en appui sur les coudes. Plus je m’enfonce plus j’écris. Circulation du désir. Du vagin au clavier : quand je suis arrivé, elle mangeait des fourmis. Tu en veux ? Goût salé. A la télé : crash de l’Airbus A320. Il y a des morts dans ton livre ? Oui. Elle zappe. Une tête de Christ, un film X. Dans le numéro 7042 de la revue Nature (juin 2005), une équipe de chercheurs de l’Université de Zurich publie les résultats d’une expérience tendant à prouver que l’ocytocine place celui qui en inhale dans un état de confiance. Sentiment d’empathie. Quinze minutes de silence. Elle se caresse. Une main sur la télécommande. Retour d’Irak et prothèses en carbone. Elle jouit. Sa tête sur mon épaule. Je te suce ? Non. On fait quoi ? Rien. Fourmis sur la moquette. Je rêve d’une transfusion. Sang neuf. Elle boit du jus de carottes. Ça va ? Je veux finir mon livre. Quand ? Demain. Dans dix minutes. Après ? Recommencer. Un autre texte ? Le même. Saddam le cou brisé. Des cris dans l’assistance. Un témoin invoque Dieu le miséricordieux, se met à prier. Le tyran est tombé. Malheur à lui. Je la regarde : tu as de l’eau de javel ? Régime de signes. Les vestiaires d’une piscine, carrelage blanc, une femme qui passe la serpillière. Tu vois son visage ? Non. Elle ramasse une fourmi, l’avale. J’écoute Business FM, jusqu’au matin. L’entends parler dans son sommeil. La somniloquie est la plus fréquente des parasomnies. Aube. Elle se réveille. Un avion pour Milan, va voir sa mère. Café taxi. Je rentre à l’appart. Fais des abdos devant CNN. Séance de trente minutes, séries de 20 répétitions : crunch avec rotation, relevé de jambes sur plan incliné, sit-up. Repos de trente secondes entre les séries. Les épisodes de somniloquie survenant en sommeil paradoxal seraient plus longs, plus cohérents, plus empreints d’émotion. Je prends une douche, je vais sur le balcon. Convoi de CRS, façades grises, caméras de télésurveillance. J’oublie un truc ? Ciel blanc. Après ? Fichier Pourquoi Tom Cruise. Mes doigts sur le clavier. La bouffe ? Japan Sushi Express. Le livreur me demande si je suis Tom Cruise. Je suis Condi Rice. Tu portes quoi ? A-K-R-I-S- black dress. Escarpins ? Oui. Une journaliste du Washington Post : black is the color of intellectualism, of penitence, of abstinence. Save humanity ? Réappropriation des muscles internes et externes du sphincter, contractions vers le haut, stimulation du système nerveux et énergétique. Autre chose ? Combat contre le désordre, le laisser-aller, le chaos, le manque de discipline. Humeur ? Pressé. Info ? Tom et Katie veulent poser ensemble sous la douche, trempés et entourés de vapeur. Programme de la soirée ? Je m’évanouis. À Tokyo, Charles se promène dans les cimetières. À Paris, Philippe vole des bagnoles, grosses cylindrées, fait des chronos sur le périph. J’appelle la société de nettoyage, fais venir une femme de ménage. Les qualités d’un écrivain ? Sens du terrain et de la distribution du jeu, technique brillante, longues balles transversales. Tenue ? Jean Energie Straight Morris troué, chemise blanche D & G, pendentif tête de mort, les pieds nus dans une paire de mocassins. Obsession ? Les vestiaires d’une piscine, une femme qui passe la serpillière, l’odeur de l’eau de javel. Ambition ? Gardes du corps, jet privé, propriété gigantesque protégée par des grilles électroniques, magiciens de la communication, vraie fausse biographie écrite par le nègre de Bill Clinton. Signal de satiété ? Jamais. Le mauvais goût ? Tendance. Des ennemis ? Oui. Ta dernière soirée ? Paris Paris, génération my space, open bar au Pastis. Le genre ? Punkettes Prada, DA barbus en blousons noirs, néo-neurasthéniques bookés. Vous êtes Tom Cruise ? Non. Je mange des barres de chocolat, les vomis, avale deux bouteilles de Contrex. Là, noter que les scorpions sont des arthropodes, de la classe des arachnides. Elle m’appelle. On fait une visio ? La caméra : une tête d’épingle, intégrée à l’écran du PC. Elle : débardeur coton blanc American Apparel. Sa chambre : néo-baroque. Le contexte ? Villa du quinzième siècle, vast collection of designer furnishings and contemporary artworks. Le son de sa voix : Maman m’a acheté une voiture. Elle respire bruyamment, de plus en plus profondément. Hyperventilation. Elle noue un foulard sur son cou, jeu de la nuit merveilleuse : compression des artères carotides. Elle est de plus en plus belle. Reprend son souffle. Sourit. L’instant d’après, résiste. De son point de vue : un type assis, le torse nu. Qui est-il ? Elle passe une main dans ses cheveux. J’aimerais prendre son pouls, deux doigts joints sur sa veine. Tu vas faire quoi ? Écrire, l’halogène dans la gueule. Éblouissement, chaleur. Image surex. Les mots ne sont plus les mêmes. Je me lève, vide la moitié d’une bouteille de contrex, monte le son de la télé : chocs corporels, vitrines brisées, pulsations cardiaques, hélicoptères, armes automatiques, crissements de pneus, avertisseurs bloqués, explosions, décollages de jets, ravissante substance bleue. Mais ce n’est pas un son ! Si. Retour sur le PC. Elle est allongée sur le lit. Pourquoi Tom Cruise est un texte impérial. Plein. La pluie se met à tomber, l’éducatrice m’appelle : venez. Aller-retour Barcelone. Les scorpions se nourrissent de proies vivantes qu’ils paralysent à l’aide de leur venin, maintiennent entre leurs pinces. En rentrant : colis suspect à l’aéroport, déploiement opérationnel de militaires, intervention des services de déminage de la police nationale, robot commandé à distance, explosion. Zone réouverte. Je monte dans un taxi. A Barcelone : maison verre et acier, intérieur jour, canevas sonore électronique, bruit de pulsation détérioré. Grande pièce vide, plancher blond, baie vitrée. L’éducatrice : je suis malade. Je porte un costume gris, une chemise blanche, une paire de lunettes Boss. Elle : robe noire Azzedine Alaïa, lunettes Chanel. Droit devant, le soleil, éblouissement et fondu enchaîné : l’image s’efface au profit du son. Longue passe transversale ? Paris, place de la République. Bond offensif des forces anti-émeutes, charge synchronisée, atmosphère saturée de lacrymo, issues bloquées, tirs de flash ball, camions à eau, hélicoptères. Quand j’arrive elle somnole. Je pose ma tête sur sa poitrine, j’écoute battre son cœur. A la télé, défilé Marc Jacobs, créateur hyperactif. Bonsoir mon amour. Elle veut que je l’enferme dans un placard. Viens. Cliquetis des menottes. À tout à l’heure chérie. Recherche Google, site porno. L’adresse IP de votre ordinateur est 82.204.65.216, l’information est tenue à disposition des autorités compétentes. Quelques images intéressantes, abonnement newsletter, pseudo Castor. Let’s keep in touch with everything. Je me lève, je vais jusqu’au dressing, elle est derrière la porte. Sécrète des endorphines. Je la libère, la lèche. Des fourmis sortent de son vagin. J’ai jeté les menottes, le masque aveuglant, les pinces à seins, la corde blanche. Tu as des sacs poubelle ? Elle a parlé dans son sommeil. La somniloquie est, dans la grande majorité des cas, une entité bénigne, ne nécessitant aucune prise en charge, aucun traitement. Une apparition tardive, un contenu trop élaboré ou violent devront orienter vers la possibilité, rare, d’une cause organique ou psychopathologique. Contexte : le drapeau Russe flottait au fond de l’océan Arctique, à la verticale du pôle nord ; la version bêta de Spock, moteur spécialisé dans la recherche d’individus, était disponible ; Dominatrix faisait savoir qu’elle resterait aux côtés de George Bush jusqu’à la fin de son mandat ; j’avais monté plus de 20 000 signes, je me suis demandé s’il convenait d’écrire ce nombre en chiffres ou en lettres ; j’ai ressenti une douleur aiguë dans les reins ; le jour s’est levé, je venais de tenter le point-virgule. Pendant quelques secondes, je me suis concentré sur mon anus. À un certain niveau de pratique, la stimulation des muscles du sphincter permet d’inverser le cours des énergies qui ne se dirigent plus vers le bas et la dispersion, mais vers le haut et la réintégration. Podium. A la fin de son défilé, le couturier Marc Jacobs, mélancolique et exténué, déclare : je n’ai fait que mon boulot. Froissement des draps. Elle se réveille. Vague de cheveux sur l’oreiller, brunch au Costes de la rue Saint-Honoré. Embrasse-moi. Elle passe l’après-midi au spa Cent-ciels, Boulogne. Je rentre à l’appartement, j’écris. La spacialisation comme stratégie. Qui es-tu, dit la voix ? Réponse : je, absence et mortification. La voix est douce. Androgyne. Monocorde. L’attentat est violent. Radical. Meurtrier. Plus de quatre cents morts, selon les estimations. Les premiers commentaires : « le caractère spectaculaire de cette attaque, un manque total de respect de la vie humaine. » Média-training : varier les rythmes, intonations, phrasés, ruptures. Articuler. Dynamiser ses reportages, être réactif sur le terrain. La séduction comme clé de la problématique d’offre. « Certains se trouveraient encore sous les décombres. » Votre mission ? Vous allez tout répertorier. Mise en images de l’investigation ? Un seul plan suffira : le chien, la truffe dans les décombres. Moi aussi j’ai un plan ! Les doigts d’Andy Garcia sur les gnocchis dans le Parrain III. Physique de l’amour. Tableau vivant, effets dramatiques garantis. Jubilation formelle contre coups médiatiques : hier, la candidate à l’élection présidentielle répond aux questions d’un panel de français, s’avance vers le public, touche le paralytique. Demain, Tom et Katie sous une douche chaude, clichés sexy pour le magazine W. Alliance de mots ? Obscure clarté. A Tokyo, Charles sortait du temple Tenno-ji, situé à l’extrémité nord du cimetière de Yanaka. Son portable a sonné. Allô ? Produire de l’accélération : nous sommes à cinquante kilomètres de Paris, j’assiste à un stage d’entraînement aux VTU (Violences Type Urbain). Décor de parpaings et de barricades, Ninjas du GIGN en rappel le long d’une façade, hélicoptères. Je suis avec le préfet, un colonel de la gendarmerie. Présentation du dispositif. Ce jour-là je porte un costume gris, une chemise blanche, une paire de lunettes Boss. Le colonel fait le récit de l’apprentissage, elle achète du Ice Source. Ce soin est constitué d’extraits de framboise d’Arctique. Propriétés veinotoniques, destressantes, détoxifiantes. Et cliniquement prouvées. Ma fiancée sort du cash. Gestes d’une précision impeccable, parfaite connaissance de l’espace, maîtrise et anticipation. Elle monte dans un taxi, appelle sa mère. Il n’y a aucune différence entre une mère et une fille, pourvu qu’elles soient deux. Le colonel parle au téléphone, le préfet fume une cigarette, le chauffeur urine, un EC145 est en vol stationnaire à la verticale d’un immeuble sans murs, plateaux piliers, tireurs d’élite en embuscade. Quelle heure est-il ? Le soir elle dîne avec Marlène, créatrice de mode, blonde platine, un sourire qui se perd sur sa bouche. Je suis à une fête chez Patricia. Dealers, vampires, mannequins, amis MySpace, un type avec un tee-shirt homme-réel, des sosies de Saddam, des photos de Lily Thay en boucle sur un PC : Lily Thay sur un cours de tennis, sur un tire-fesses à Courchevel, chez Mac-Do, à Bangkok, en maillot sur la plage, dans les bras d’Isabelle. Patricia : tu la connaissais ? Oui. Un artiste se coupe la langue au sécateur. Expression extatique du performer à genoux, mains sur la bouche. Commentaire du gay radical qui ramasse l’organe, le brandit : fuck the context ! Musique. Vodka. Substances. Le speed libère la dopamine. En sortant je croise Isabelle, enceinte. Ça va ? Oui. Tu trouves que je ressemble à Tom Cruise ? Non. J’appelle un taxi, je rentre, checke mes mails : fenêtre humanitaire (orphelinat de Pataya, pour un euro par jour j’ai une maison et je vais à l’école), viagra. Rien d’autre ? Enlarge your penis. Elle m’envoie un texto : je sors du restaurant. Réponse : je suis chez moi, viens. Je saisis les mots saddam-hussein-execution, affiche la vidéo, clique sur play. L’ancien Raïs tombe dans le vide. Quelques secondes de confusion. L’opérateur tente de fixer le cadavre qui se balance au bout de la corde. Gros plan sur la tête du supplicié, le cou brisé, les yeux ouverts. Quand elle arrive : teint pâle, muette. Ça ne va pas ? Le lendemain nous sommes à Istambul, piscine du Ramada Plaza Hôtel, bassin de quinze mètres, dix-huit transats, parasols jaunes. Revêtement de sol en tek brun. Un homme s’approche : vous êtes Tom Cruise ? Je signe un autographe. Elle : il ne sait pas que tu es Condi. Ses ongles rouges, une paille entre ses lèvres, un cocktail de jus de fruits. Je m’allonge. Ciel bleu, avions, signatures blanches des réacteurs. En fin de journée, promenade, chant du Muezzin. Pourquoi ces gens ne se jettent-ils pas sur nous ? Je suis Tom Cruise ou je ne suis pas Tom Cruise ? Dîner à l’hôtel. On passe trois jours enfermés dans la chambre et on rente à Paris. Décollage, inventaire : tête de Christ, transfusion, gay radical avec une langue d’artiste entre les doigts, forcenés du bonheur, enterrement de Lily Thay, une cicatrice sur ma joue gauche, happy slapping un peu partout, Isabelle qui accouche, campagne contre la faim dans le monde, images de mobilisation, scènes drapées bleu-blanc-rouge, immenses succès populaires, il s’habille en cowboy Marlboro, l’odeur de l’eau de javel, Philippe à fond sur le périph, les bienfaits du Ice-Source. Le packaging révolutionnaire permet un refroidissement ultra rapide de la crème qui passe de 22 à 2 °C. Les lipides subissent une rétraction moléculaire qui favorise leur pénétration cutanée. Une fois absorbés par la peau, ils se gorgent d’eau, retrouvent leur structure initiale. Je prends sa main. Dormir ? A peine. Au réveil : Up to date, Roissy-en-France. Elle : On va chez toi ? Code de l’immeuble, courrier, ascenseur, la clé dans la serrure, ouvrir les fenêtres, prendre une douche, s’asseoir devant la télé. Je fais venir une masseuse. Le lendemain on file à l’hôpital, le cancer de Jacques, phase terminale, il ne peut plus parler. Écrit d’une main tremblante : je vous aime. Je referme la porte. Les murs verts des couloirs, l’odeur chaude. Médicaments, désinfectants, antiseptiques. Elle prend mon bras. Dans le taxi : convoi de CRS, flics en rollers, nouveaux radars. La France : public fiévreux. Plages, sentiers de randonnée, salles de spectacles blindés. Salons avec sofas, tables basses, rideaux aux fenêtres, home cinema. Emprunts, familles (structure pathogène), génériques et Prosac. Et puis arrêtez de prendre des photos ! C’est assommant ! Je la dépose, repasse la prendre deux heures plus tard. Lèvres rouges, cheveux attachés en chignon, robe imprimée Isabelle Marrant, un nuage d’Issey Miyake. Tu es belle mon amour. Dîner chez Claude et Sophie. C’est elle qui ouvre. Ressemble à Seagourney Weaver dans Alien 3 : cheveux très courts, culotte et tee-shirt kaki. Musique ? Trame de fond atmosphérique, éléments orchestraux. Claude est avide. Bronzé. Action ? Parler. Contemporary culture, new forms, energy experimentation. Sophie monte sur la mezzanine, ouvre une porte, pénètre dans une pièce. Tintement des glaçons dans les verres, image mentale : l’assemblée se presse autour du cadavre. Reculez, reculez entend-on ! Sur un mur, le portrait en pied, à l’échelle 1, d’un cardinal de la sainte Église romaine. Soutane rouge, croix pectorale, anneau. Fond blanc. Tirage cibachrome marouflé sur alu. Claude : c’est l’archevêque de Buenos-Aires, Jorge-Mario Bergoglio. Il aurait pu être Pape, vous savez ? Jésuite, doctrine conservatrice. Dénonce la corruption de la classe politique et la crise des valeurs de la société argentine. Se déplace en métro. Sophie descend, se sert un verre. Robe rose Stella MacCartney. On a réservé chez Benkay, dit-elle. Le japonais du Novotel. Pendant le repas, quelqu’un fait un malaise. Le serveur : un truc lui est sorti du ventre. Samu, civière. Sophie : quel truc ? Une femme me regarde avec insistance. L’homme assis en face d’elle se retourne. Je trempe un tempura dans la sauce brune, ma fiancée pose une main sur ma cuisse, ses doigts se referment, saisissent les quadriceps. Baise-moi dit-elle. On s’est levés, on est allés dans les toilettes. J’étais debout derrière elle, une main sur sa gorge. Vous prendrez un dessert ? Tom aurait un sourire, Condi répondrait oui. Les gardes du corps s’agiteraient, prépareraient la sortie. C’est par où ? C’est par là. Nous allons chez moi. Elle prend un bain, mes doigts frappent les touches du clavier de l’ordinateur Sony VAIO ultra portable : le Poste Central d’Exploitation des données des caméras de vidéo-surveillance comme l’un des objectifs stratégiques prioritaires de toute prise de contrôle. Claude met un DVD dans le lecteur, se sert un verre. La baby-sitter vient de partir. Sophie monte sur la mezzanine, ouvre une porte, pénètre dans une pièce. Là, elle pourrait fracasser son bébé contre un mur. Une fantastique déflagration, le cœur qui te remonte en bouche, tout le panorama. J’ai compté cent quatorze mots, elle est sortie du bain. Forme et beauté. Ice-source efface les manifestations de stress, fatigue, déshydratation. Laisse un teint frais et lumineux. Elle m’a momifié avec un rouleau de PQ, j’ai avalé deux Stilnox, nous nous sommes endormis. Le lendemain matin, immersion dans le virtuel. L’immeuble est sécurisé. Parefeux, antivirus, outils de désinfection, protection contre les chevaux de Troie et bombes logiques. Se connecter au centre des impôts. Je paye le dernier tiers, checke mes mails. Elle fait pipi, m’embrasse, se recouche. Où est globetrotter Rice ? Recherche Google, actualité au cours des soixante dernières minutes, hier, sept derniers jours, trente et un derniers jours. Je fais une séance d’abdos. Réserve deux places sur un vol pour Venise. Passe une partie de la journée à écrire. Elle dort. Regarde la télé. Consulte son Blackberry. Tu as faim ? Non. Ça raconte quoi ton livre ? Je m’allonge près d’elle, j’écoute mon iPod. A la télé : ouragan (Mexique), tremblement de terre (Pérou), les colt 45 plaqués or de Castor Troy (Face/off) parce qu’elle zappe. L’œuvre d’art la plus reproduite dans les journaux et magazines au cours de ces deux derniers mois ? Les cochons tatoués et empaillés de Wim Delvoye. J’écoute Richie Hawtins. Ciel blanc, image mentale : la tour de Pise, inclinaison de 5,5° vers le sud. L’angle comme possibilité. Pouvoir de pénétration du projectile. Les armes utilisées par Cho Seung Hui étaient un Glock 19 et un Walther PP2, munitions achetées sur eBay. Rendre hommage aux victimes ? Ta gueule. Mais c’est horrible ! Si tu continues je te plante une fourchette dans la gorge. L’alternative c’est de la fermer. Et puis tu peux toujours te souvenir. La mémoire contre la pensée. Pendant ce temps, les gens sérieux font la guerre. Le condamné récite la chahada, la trappe s’ouvre avant qu’il n’achève son ultime prière. Laissez-le pendre au bout de sa corde. Quelqu’un a du stilnox ? Ça sent l’eau de javel. Jihad mondial, strychnine et lexomil. Phrase longue ? Les premières photos de Tom Cruise en officier nazi diffusées le jour du soixante-troisième anniversaire de la tentative d’assassinat d’Adolf Hitler par le compte Claus von Stauffenberg. Quand elle sort de la douche, je fais des balles contre un mur. Tu as réservé quelque part ? Charles dans une junior suite de l’hôtel Grand Hyatt. Il dort, la joue gauche écrasée. Elle me montre un ensemble corset de samouraï et pantalon noirs Yohji Yamamoto. J’ai envie de mettre ça, tu aimes ? Nos appartements vides ou presque. Ni mémoire ni objets. Nos voix, nos garde-robes, nos pharmacies. Et nos PC. Tu connais une meilleure raison de mourir que pour la conquête des ressources pétrolières ? Non, mais j’en connais une autre : Dieu. Je me sens d’une fébrilité subjective extrême, bientôt je vais désigner des coupables, exclure des membres. Ambiance sonore : les suites de Bach. À la télé, les plus beaux buts de la football champion’s league. Elle veut prendre un avion. Moi aussi. C’est quoi ce sang ? Le mien. Elle me passe une crème hydratante sur le visage. Ses lèvres sont agitées de petites contractions. Le grain de sa peau, la piqûre du scorpion. It would be nice to do something important. Something… libéral demande la voix ? Points de suspension aux enchères chez Christie’s. Marché, collectionneurs, experts. Protocole de surveillance. Traçabilité. Authentification. Près de la moitié des cobayes ayant inhalé de l’ocytocine décident de confier leur argent à l’investisseur douteux, tandis qu’1/5 seulement de ceux ayant inhalé un placebo acceptent de le faire. Elle m’embrasse. On y va ? Oui. Taxi. Restaurant Ho. Une dizaine de tables. Des caméras un peu partout. Micros-cravates pour les clients. Le concept ? Fond vert. Tu mets le décor que tu veux, et tu repars avec le DVD. Le serveur : vous avez fait votre choix ? Station orbitale, vue sur la Terre. Manger quelque chose de vivant.

juillet 4, 2007

Pourquoi Tom Cruise (1)

C’est comme l’infini, c’est toujours la même chose

Je photographiais ma bite avec mon téléphone, Kelly jouait avec son double dong noir the snake flesh. Longs cheveux bruns, ongles rouges, plan sur Saddam Hussein, quelques minutes avant sa pendaison : Allah est grand, vive la nation glorieuse et à mort ses ennemis, clame-t-il. On sort dîner, je m’évanouis dans l’ascenseur. À Helsinki, Marija Šerifović remportait le cinquante-deuxième concours Eurovision de la chanson avec Molitva (prière). À Ankara, une bombe causait la mort de soixante-dix personnes. Densité des images, diffraction des corps, la mer se brisait sur un miroir. Le taxi nous dépose rue Saint-Honoré, réservation à l’hôtel Costes au nom de Thomas Croisière. Repas léger, Kelly dans sa beauté. On boit un verre au Queen, une star du porno fête son anniversaire, tout semble converger vers un point explosif. Le lendemain, ennui mortel. J’avais baissé les stores, je m’arrachais les ongles des pieds. À Beverly Hills, Tom Cruise achetait une villa de 1300 mètres carrés. Nous sommes très heureux, c’est tellement incroyable ! déclarait Katie Holmes. Kelly portait un tee-shirt Luella Bartley pour O’Neill, gros cœur rouge, checke ses mails. Il faut que j’aille à Milan, me dit-elle. D’accord mais quand ? J’élaborais des plans, je parlais à mon montre. Une atmosphère guerrière, le nom comme événement. Que faites-vous ? me demandait-on hier. J’écris Pourquoi Tom Cruise. Récit prompteur, une prose laconique et rythmée, je suis allé sur le balcon. Convoi de CRS, vol stationnaire d’un hélicoptère EC145 à la verticale du Conseil économique et social, on se retrouve après la pub. Condy met la pression sur le Hamas, on essaye un nouveau Japonais. Thé vert, taxi, nous rentrons, vidéo sur Youtube. Quand le coach sportif arrive, il porte une veste Adidas vintage couleur vert pomme. Diodes du cardio trainer, je compte les kilomètres, elle parle au téléphone. Sa mère veut adopter un noir. Je prends une douche, on va chez elle, j’ai pissé dans sa bouche. Corps légers, lames dans le bide. Je descends chez l’Arabe, j’achète une bouteille d’Absolute. Dans l’ascenseur le corps de l’écrivain, surentraîné, le livre à venir, je ne veux qu’une chose : échapper à toute vérification, me dérober sans cesse. Mais aussi : courir à poil dans les rues avec mes Adidas, si tu veux une image tu penses à un roller coaster mais j’ai brisé la boucle, vacarme, métamorphose. Un autre jour, j’arrive haletant à Roissy, un avion pour Genève, aviron sur le lac. TurboSkiff blanc, glisse régulière. Le lendemain je regarde une fille attaquer le sol d’une galerie d’art au marteau-piqueur, sa peau piquée de sueur, ça doit questionner quelque chose. Retour Paris, je m’arrête chez Colette. Karl Lagerfeld dans la boutique, il est filmé, j’achète des chemises. Je rentre à l’appartement je me jette contre un mur, un texto de Kelly (je t’aime), vidéo X sur le PC. La fille se fait démolir le trou du cul de façon vraiment sauvage par un étalon plutôt bien membré. Je mange des kiwis, je bois des verres de vodka. Le Bukkake ou douche de sperme est le plus célèbre des fétichismes pornographiques, il consiste en l’éjaculation d’un maximum d’hommes sur le visage d’une femme, quelque chose de vraiment signifiant. Le Gokkun est une version du Bukkake dans laquelle la femme ingère le sperme, j’avale des somnifères, escalier en spirale. Saddam pendu à l’aube, montée d’adrénaline. Quel plaisir trouvez-vous dans la violence ? Le sang éveille le monde et l’aventure commence, nouvelle saison, la traverser en acte. Je porte une paire de dim up, une perruque blonde, elle me demande de la fesser. L’ancien Raïs refuse la cagoule que lui tendent les hommes chargés de son exécution, des policiers le font monter à la potence, lui passent la corde autour du cou. Elle a hurlé mon nom, je suis allé chez la psy. J’ai imaginé que je faisais trois séries de cinquante abdos, je me suis évanoui. Elle prend du speed, déjeune avec Victoire, appelle sa mère, se fait épiler masser coiffer gommer, tout ça s’enchaîne inexorablement, sans crise, avec méthode, la France s’agite, des milliers d’électeurs brandissent des drapeaux bleu blanc rouge, vertige, télévision, je prends un taxi, Ice bar boulevard de la chapelle, soumise fistée au fetish club. Je rentre à l’aube, perte d’équilibre sur le palier, on passe une semaine à Bonaire. À Kalendjik on a loué une bagnole, roulé vers l’est, Sorobon beach, une villa sur la plage. Ciel bleu, corps nus sur les pontons, plongées de surface dans la baie. Nos deux tubas, rhum et jogging, pirogue dans les mangroves, retour Paris. Du Stilnox pour l’avion, de la strychnine pour le suicide. Quand on est arrivés à Roissy je portais un tee-shirt Edc (Esprit), un jean H. Landers, une paire de Prada, ma clé dans la serrure. Ouvrir les fenêtres, allumer les écrans. Elle prend une douche. T’aimerais écrire comme Olivier Cadiot ? me demande-t-elle en s’essuyant les cheveux. Je me jouis dans la gueule, caresse le clavier du PC, pose cinq cents signes ça va très vite. Sur le plasma, le corps de Saddam à demi enveloppé (linceul blanc), le cou désarticulé, le lendemain je soulève mon tee-shirt : regarde, j’ai le nombril qu’est pas dans l’axe. Tu es sûr ? La voix de Saddam Hussein : il n’y a de Dieu qu’Allah et Mohammed est son prophète, la trappe s’ouvre, je suis allé sur le balcon, rediffusion, pendu à l’aube, elle courait sur la plage. Palmiers pontons pirogues, toits rouges des bungalows, ciel bleu, massages, vacarme de métal, les bottes noires de ma psy. Ses jambes croisées. Kelly sort avec un œuf vibrant dans le vagin, slalom géant, dîner au Costes. Rigatoni à la crème de foie gras et copeaux de truffes noires, serveuses bombasses super hot, elle me tend un paquet. Pendentif tête de mort. Tu aimes ? La vie est une fête. Tu prends un dessert ? On a bu des cafés, des gangs dévalisaient des magasins Foot Lookers. En sortant du resto, Kate Moss sniffait de la coke. Le lendemain, Kelly repart. Londres, le One Aldwych, des lofts à visiter. Elle écoutait Philippe Katerine au bord de la piscine, se prenait en photo, m’envoyait les fichiers. J’étais chez moi, je dansais, bras levés, diagonales, mon souffle, pieds nus sur le plancher, toute la force de vivre, exposé à l’excès, des images muettes sur le plasma. Une main soulève le drap qui couvre le corps de Saddam, le cou tordu du supplicié, une trace de sang sur sa joue gauche, mes nouvelles lunettes Dior. Nuit au Baron, révolution sur un tee-shirt. La LCR : nos vies valent mieux que vos profits, ça me rend hystérique, je vais à Berlin, hôtel Q, chambre blanche. L’ex-dictateur Saddam Hussein pendu à l’aube dans une caserne des renseignements militaires. Je descends au SPA, bain japonais, sauna, je bois un Perrier, peignoir blanc. Je feuillette Vanity Fair. Malgré les rumeurs, Tom Cruise et Katie Holmes sont toujours ensemble. Je plonge deux doigts dans le verre, mange la tranche de citron. Respiration de la fille qui me masse les cervicales. Murs rouges du salon-bar, lino et cuir d’autruche. Dîner Thaï. Des bombes éclatent dans mon sommeil. Le lendemain il fait beau, je bronze au Tiergarten, nu. Devant moi une femme blonde, cheveux courts, les éclats d’un piercing. Je rentre à l’hôtel, je dors trois heures. Je passe la nuit au Dark Side club, shibari show, je buvais des San Pellegrino, musique techno, chocs électriques, kits de dilatation d’urètre. Je suis sorti à l’aube, marché sous les tilleuls, l’avion en fin de journée, safety instructions. Je la retrouve à l’appart. Elle a ses règles, je me jette entre ses jambes. Pour la validité administrative de vos photos d’identité, merci d’avoir une expression neutre, le sang sur la gueule c’est pas autorisé, faut vous laver monsieur, les lavabos c’est par ici, le beau langage, les robinets, j’y retourne, né mâle et célibataire dès mon plus jeune âge dis-je à l’agent de l’administration, je possède un PC Sony ultra portable et je sais m’en servir, le lit dans la lumière. Tu veux bien éteindre ? Je la prends dans mes bras, on regarde 24 heures chrono. Le lendemain je faisais des abdos, la voix du coach rythmait les séries. Sur le plasma : massacre à l’université de Virginie. Cho Seung-Hui abat trente-deux personnes avant de se donner la mort, une demi-heure de vélo, je prends une douche, jour J-4 avant les élections, derniers sondages, je relis mes notes, Kelly m’appelle, veut qu’on dorme à l’hôtel. Je suis assis par terre, le PC devant moi, sentiment de puissance, je passe ma langue sur mes canines. Tom Cruise est né le 3 juillet 1962 à Syracuse, état de New York. Une jeune actrice de films X choisi le pseudo Katee Holmes pour lancer sa carrière, Katie porte plainte, je retrouve Kelly au Pershing Hall, rue Pierre Charron. Chambre claire. Je porte un pantalon Thierry Mugler, une veste et un tee-shirt noirs. C’est ton nouveau portable ? J’allume la télé, elle fait couler un bain. Je meurs comme Jésus-Christ, dit Cho Seung-Hui. Sa vidéo sur NBC, enregistrée avant les meurtres. Vous savez ce que c’est que d’être humilié et empalé sur la croix ? On le voit brandir deux flingues, je zappe, un monstre bave, des éléphants barrissent, un joueur de tennis frappe dans une balle, service, voiture piégée et fonte des neiges. Je saisis la bouteille d’Absolute, mouvement des glaçons dans le sceau en inox. Il y eut un soir. Tu veux manger quelque chose ? Elle n’a pas faim. Je prends une pièce de deux euros. Si c’est face je te tue, pile je te joue un air de guitare ok ? Je lance la pièce, elle la rattrape au vol, j’appelle le room-service, je commande une bouteille d’Absolute. Mais cette bouteille elle est déjà là, non ? Le lendemain elle prenait un avion, life vest under your seat. Je suis rentré, me suis jeté sur des journaux en flammes, dieu vit que la lumière était bonne. À part ça, qu’est-ce qui change ? Je reçois un texto de Kelly. C’était face, écrit-elle. Prouve-le. Les fenêtres sont ouvertes, temps sec et chaud, Paris résonne de bruits clairs, je checke mes mails. Vernissages et Viagra, lowest price guarantee, fast delivery and press the enter key. Corridas sur youtube. Coups de cornes dans le caparaçon d’un cheval soulevé de terre, Kelly m’appelle : on fait quelque chose ce week-end ? Le picador plante l’aiguillon, faut que j’achète de l’Upfen, quatrième mise à mort et je vais chez la psy. Bottes noires. On se revoit la semaine prochaine ? Je traverse la cour. Je porte des tongs Vuitton (arrête avec les marques), un pantalon de coton blanc Marcs Jacobs, un tee-shirt Holiday in Irak, une paire de lunettes Ralph Lauren hot pink. C’est vrai que tu ressembles à Tom Cruise me dit Victoire, on boit un verre au bar de l’hôtel Murano, palace urbain, Kelly dans l’Eurostar, un système de lecture. Victoire s’agite. Un équipe de télé interviewe Sébastien Cauet, assis près de la cheminée. L’animateur préféré des moins de 25 ans réunit en moyenne deux millions de téléspectateurs, talk show, il n’est pas dans mon pouvoir de dire qui je suis. Victoire s’habille éthique, mange bio, répond au téléphone. Allô ? Quelqu’un parle de garanties, une blonde sculpturale se hisse sur un tabouret, lestée de son désir. Que deviendrait une société qui renoncerait à se distancer ? C’est Roland Barthes qui pose la question, on est en 1974, vas-y respire, détends-toi. Tu reprends quelque chose ? je demande à Victoire, elle fait non de la tête, je fais signe au serveur, double vodka, des casinos dans le désert. Quand j’arrive chez Kelly on regarde Columbo. Peter Falk est au bord d’une piscine, plan de coupe sur le visage du meurtrier, elle passe des robes. Tu aimes ? Tu aimes ? Tu aimes ? Tu aimes ? Oui oui oui non. Columbia se désintègre et Challenger explose et Discovery décolle, n’aie pas peur elle disait à Bonaire, avant de sombrer, sommeil. Le lendemain elle courait sur la plage, faisait une heure de planche, m’appelait. J’étais au Plaza resort et au Happy holiday et au Resort Harbour, je nageais dans les piscines. Un jour elle me dit : ça raconte quoi ce que tu écris ? Ce que je suis, j’ai juté dans sa bouche, c’était easy et cool, je suis allé pisser. Je mangeais des glaces au lait d’amande, feuilletais des magazines de mode. Peaux blanches, seins roses, sexes lisse, couronnes de fleurs sur cheveux blonds. De temps en temps, cahier métisse. Qu’est-ce qui te ferait plaisir ? Une pipe au caviar, un catalogue de gestes. Des motards de l’escorte présidentielle bloquent le carrefour Palais-Royal, je suis dans un taxi, il se met à pleuvoir. Ambiance ? Délires de fans, jeux de rôles, circulation d’images. Tout devenait plus jeune. Même les romans ? Sauf les romans. Et alors ? Attache-moi. Bondage serré, menottes. Surtout n’éteins pas la télé, des soins pour les pays pauvres, go down and suck me. J’étais sur LCI, remettre la France en marche, l’ordre juste, une société de droits, Kelly se douchait, et de devoirs, le changement a besoin de vous et sortir de la crise. Tu les trouves jolies mes fesses ? Oui, très. Et mes seins tu les aimes ? Oui. Et ma chatte tu l’aimes ? Bon ça va, détache-moi. On a passé une semaine enfermés chez moi, elle a mis Sonic Youth, j’ai dit on va brûler l’appart, la magie n’opère plus. Je suis tombé à genoux, je pleurais, elle m’a prise